Le 26 juillet 2026, Alger a accueilli une rencontre de haut niveau entre les ministres des Hydrocarbures algérien et sénégalais, Mohamed Arkab et Cheikh Niang, visant à approfondir la coopération dans l'ensemble de la chaîne de valeur pétrolière et gazière. Cet engagement, qui inclut un volet de formation et de transfert de compétences, intervient alors que le Sénégal s'apprête à monter en puissance sur la scène gazière mondiale avec le champ Sangomar. Il marque un tournant potentiel pour l'intégration énergétique en Afrique de l'Ouest, où les synergies entre pays producteurs restent encore embryonnaires.

Infographie — Gaz naturel

Un partenariat multidimensionnel

Les discussions ont porté sur l'exploration, la production, le raffinage et la pétrochimie, mais aussi sur le renforcement du partenariat entre Sonatrach et la Société nationale des pétroles du Sénégal (Petrosen). Ce n'est pas un simple accord commercial : il prévoit un transfert de savoir-faire, avec l'Institut Algérien du Pétrole (IAP) appelé à former les cadres sénégalais. L'Algérie, fort de son expérience de plusieurs décennies dans le gaz, propose ainsi un modèle de coopération Sud-Sud qui contraste avec les partenariats traditionnellement conclus avec des majors occidentales.

Cette annonce intervient dans un contexte où le Sénégal cherche à capitaliser sur ses récentes découvertes d'hydrocarbures. Le champ gazier de Grand Tortue Ahmeyim (GTA), en développement avec la Mauritanie, et le champ pétrolier Sangomar, dont la production a débuté en 2024, font du Sénégal un nouvel acteur énergétique. Mais le pays manque encore de compétences locales et d'infrastructures de transformation. L'appui algérien pourrait accélérer la création d'une industrie pétrochimique et gazière intégrée au Sénégal.

Un signal pour l'intégration régionale

Le renforcement de la coopération Algérie-Sénégal s'inscrit dans une dynamique plus large de recomposition des alliances énergétiques en Afrique de l'Ouest. L'Algérie, déjà fournisseur de gaz vers l'Europe via les gazoducs Transmed et Medgaz, cherche à élargir son influence sur le continent. En soutenant le développement du secteur gazier sénégalais, Alger pourrait ouvrir la voie à une future interconnexion des réseaux ouest-africains, facilitant les échanges d'énergie entre pays de la région.

Pour le Sénégal, ce partenariat offre une alternative aux relations souvent asymétriques avec les compagnies étrangères. En s'appuyant sur l'expertise de Sonatrach, Dakar espère négocier de meilleures conditions pour l'exploitation de ses ressources et éviter certains écueils rencontrés par d'autres pays africains, comme la malédiction des ressources. La dimension formation est cruciale : elle vise à créer un vivier de compétences locales capables de gérer la filière hydro-carbures à long terme.

Des défis à surmonter

Toutefois, la concrétisation de ce partenariat se heurte à plusieurs obstacles logistiques et politiques. L'intégration énergétique ouest-africaine est encore limitée par le manque d'infrastructures transfrontalières et par des divergences réglementaires entre les États. Le gazoduc reliant l'Algérie au Nigeria (Trans-Saharan Gas Pipeline) est en projet depuis des décennies, mais n'a jamais vu le jour. Un partenariat bilatéral peut certes ouvrir la voie, mais il ne suffira pas à créer un marché régional intégré du gaz.

Par ailleurs, l'évolution du marché mondial du gaz ajoute une incertitude. La transition énergétique et la volatilité des prix pourraient affecter la rentabilité des projets gaziers. L'Algérie, bien que producteur historique, doit elle-même faire face à une demande intérieure croissante et à des contraintes d'investissement. Le Sénégal, de son côté, devra trouver un équilibre entre développement des hydrocarbures et engagement dans les énergies renouvelables, secteur dans lequel le pays a également des atouts.

Ce rapprochement entre Alger et Dakar s'inscrit dans un mouvement plus ample de coopération Sud-Sud dans le secteur énergétique africain, où des partenariats émergent en dehors des circuits traditionnels. Il pourrait préfigurer une nouvelle architecture gazière ouest-africaine, fondée sur la complémentarité entre producteurs établis et nouveaux entrants. Reste à savoir si cette dynamique bilatérale pourra se muer en véritable intégration régionale, ou si elle demeurera une exception diplomatique dans un paysage énergétique encore fragmenté.