Alors que le FMI table sur une croissance de 5,7 % pour le Mali en 2027 et que le canadien Castle Minerals étend ses projets aurifères en Côte d’Ivoire, une étude parue en juin 2026 dresse un tableau alarmant de l’insécurité au Cameroun. Elle montre comment la criminalité organisée gangrène aussi les zones rurales, un phénomène qui n’épargne pas les régions aurifères d’Afrique de l’Ouest. Le lien entre or, violence et fragilité de l’État devient un enjeu central pour la gouvernance du secteur extractif.

Infographie — Or · Gouvernance

Quand l’insécurité rurale menace l’exploitation minière

L’étude « Cartographie de la criminalité organisée et de la violence au Cameroun », diffusée en juin 2026, révèle une dégradation sécuritaire qui dépasse les foyers traditionnels de conflit (zones anglophones, extrême‑nord). Les zones rurales, jusqu’ici relativement épargnées, connaissent une recrudescence d’agressions, de trafics d’armes et de stupéfiants. Les auteurs soulignent que « la présence de réseaux criminels organisés et transnationaux contribue à l’exacerbation des conflits et à la perpétuation de la violence ». Ce constat n’est pas propre au Cameroun. Dans toute l’Afrique de l’Ouest, l’exploitation aurifère – qu’elle soit industrielle ou artisanale – attire des groupes armés et des trafiquants.

Un or qui finance l’insécurité

Le lien entre or et criminalité est bien documenté. Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les sites d’orpaillage illégal servent de source de financement à des groupes jihadistes et à des milices communautaires. Selon plusieurs rapports d’organisations internationales, une part significative de l’or produit artisanalement dans la région est exportée sans déclaration, échappant à tout contrôle fiscal et alimentant des circuits parallèles. Cette situation prive les États de recettes essentielles alors même qu’ils cherchent à accroître leurs revenus pour financer leur transition énergétique et renforcer leur souveraineté.

Paradoxalement, les ambitions de développement minier se heurtent à l’insécurité. L’annonce en mai 2026 de l’extension des activités de Castle Minerals en Côte d’Ivoire, après des projets au Ghana, témoigne pourtant de l’attractivité persistante de la région pour les investisseurs. Mais ces implantations nécessitent des garanties de sécurité que les États peinent à offrir, surtout dans les zones reculées où se trouvent les gisements.

Revenus miniers et souveraineté énergétique : un équilibre fragile

La course à l’or s’inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique et de souveraineté énergétique. Les pays ouest‑africains, riches en ressources minières mais dépendants des importations de produits pétroliers, espèrent tirer de l’exploitation aurifère des devises pour financer des infrastructures énergétiques. Le cas du Nigeria illustre ce dilemme : premier producteur de gaz du continent, il peine à transformer cette richesse en moteur de développement. L’or pourrait offrir une alternative, mais il exige un cadre de gouvernance solide.

La gouvernance minière à l’épreuve du crime organisé

L’étude camerounaise met en lumière un phénomène qui gagne les campagnes : les malfrats, chassés des villes par la surveillance accrue, se replient vers les villages. Dans les zones minières, où la présence de l’État est souvent ténue, ces réseaux prospèrent. Ils contrôlent l’accès aux sites, imposent des taxes illégales et brassent des sommes considérables. Ce faisant, ils affaiblissent la légitimité des institutions locales et compromettent les efforts de formalisation du secteur artisanal.

Pour les gouvernements, l’enjeu est double : sécuriser les zones d’extraction pour attirer les investissements industriels, tout en luttant contre l’orpaillage illégal qui nourrit l’insécurité. La réponse ne peut être uniquement sécuritaire. Elle passe par une meilleure intégration des communautés locales, la traçabilité de l’or via des technologies comme la blockchain, et une coopération régionale renforcée face à des réseaux transnationaux.

Évolution récente : entre espoirs de croissance et réalités sécuritaires

Les projections du FMI pour le Mali – une croissance de 5,7 % en 2027 – et les investissements miniers en Côte d’Ivoire indiquent que le potentiel économique de la région reste fort. Mais ces perspectives sont conditionnées à une amélioration de la sécurité. La mort d’Abou Bilal al‑Manuki, haut responsable de l’État islamique, confirmée par le président nigérian en mai 2026, montre que les opérations militaires peuvent obtenir des résultats. Cependant, la nature diffuse de la menace – liée aux trafics d’or, d’armes et de drogue – exige une approche globale.

La recrudescence de la criminalité rurale au Cameroun, documentée par l’étude de juin 2026, est un signal d’alarme pour toute la sous‑région. Elle rappelle que l’or, s’il peut être une chance pour le développement, peut aussi devenir un vecteur d’instabilité si sa gouvernance est négligée.

La gouvernance de l’or en Afrique de l’Ouest se joue désormais autant sur les plans sécuritaire et judiciaire que minier. Alors que les États tentent de renforcer leur souveraineté énergétique par les ressources extractives, ils doivent composer avec des réseaux criminels qui exploitent les failles des systèmes de contrôle. La question n’est plus seulement de produire plus d’or, mais de produire un or « propre », dont les bénéfices profitent aux populations et à la stabilité régionale.