Le 13 juin 2026, les premières opérations de lavage semi-industriel du diamant ont été lancées à Forona, dans la région du Worodougou, sous l'égide de la SODEMI et du Processus de Kimberley. Cette initiative vise à structurer un secteur longtemps marqué par l’informalité et à renforcer la souveraineté de l’État sur ses ressources minières. Alors que le pays tente de tourner la page de l’embargo de l’ONU levé en 2014, la formalisation des coopératives pourrait redéfinir l’équilibre entre revenus publics, traçabilité et développement local.
Un tournant dans l’exploitation diamantifère artisanale
Le sous-préfet de Diarabana a officiellement lancé le 13 juin les opérations de lavage du minerai de diamant sur le site de la SCOOPS de Forona, première coopérative de la région à bénéficier d’engins miniers mis à disposition par l’État via la SODEMI. Fruit d’une année de travaux de cartographie menés par 14 experts, l’initiative a déjà permis d’extraire 714 m³ de minerai. L’objectif affiché est de passer d’une activité artisanale dispersée à une exploitation semi-industrielle encadrée, gage de transparence et de traçabilité.
Les enjeux de la traçabilité et du Processus de Kimberley
La secrétaire permanente de la représentation du Processus de Kimberley en Côte d’Ivoire, Fatoumata Thès, a rappelé aux artisans l’obligation de respecter les normes internationales pour consolider la crédibilité du diamant ivoirien, après les années complexes qui ont suivi la levée de l’embargo. Ce rappel n’est pas anodin : la Côte d’Ivoire cherche à effacer le souvenir des « diamants de sang » et à rassurer les acheteurs internationaux. La formalisation permet à l’État d’exercer un contrôle accru sur les flux, réduisant les risques de contrebande et de financement illicite.
Revenus miniers et souveraineté économique
Au-delà de la conformité, l’enjeu est avant tout budgétaire. En encadrant l’extraction, l’État espère capter une part plus importante de la valeur ajoutée, via des taxes et des redevances. Pour l’instant, la production semi-industrielle reste modeste, mais elle crée un précédent. Les autorités insistent sur l’« autonomisation financière » des producteurs, ce qui suggère une volonté de transférer une partie des bénéfices aux communautés locales tout en renforçant les finances publiques. Ce modèle de coopérative soutenue par l’État pourrait être reproduit sur d’autres sites, multipliant ainsi les sources de revenus.
Perspectives régionales : un modèle pour l’Afrique de l’Ouest?
Dans une région où les ressources minières sont souvent au cœur de tensions entre industrialisation à grande échelle et artisanat informel, l’expérience ivoirienne offre un cas d’étude. Elle montre que l’intervention publique peut professionnaliser un secteur tout en préservant les intérêts des petits exploitants. À l’heure où d’autres pays comme la Guinée peinent à faire aboutir des mégaprojets tels que Simandou, la Côte d’Ivoire mise sur une approche graduelle, centrée sur la transparence et la traçabilité. Cette stratégie, si elle réussit, pourrait renforcer sa crédibilité auprès des investisseurs et des institutions internationales.
La réussite du programme de Forona dépendra de la capacité de l’État à étendre ce modèle à l’ensemble du secteur diamantifère, encore largement informel. Elle pose aussi la question plus large de la souveraineté minière en Afrique de l’Ouest : comment concilier contrôle étatique, développement local et attractivité pour les capitaux étrangers ? L’expérience ivoirienne, scrutée de près par ses voisins, pourrait offrir des pistes de réponse.