Le 25 juin, le ministre ivoirien des Mines, Mamadou Sangafowa Coulibaly, a annoncé à Séguéla la relance de la production de diamant dans le Woroba, jadis premier bassin diamantifère du pays. Cette décision, qui s'appuie sur un partenariat avec le Botswana, s'inscrit dans une dynamique plus large : les États ouest-africains cherchent à reprendre le contrôle de leurs ressources extractives, comme le montrent les récentes négociations autour du fer de Simandou ou les réformes du code minier au Mali. Depuis le déclin de la filière dans les années 1980, aucune tentative sérieuse n'avait été faite pour la ressusciter ; le contexte actuel de cours élevés des matières premières et de quête de souveraineté offre une fenêtre d'opportunité.

Infographie — Mines · Guinée

Un passé diamantifère en déclin, une ambition industrielle nouvelle

L'exploitation du diamant en Côte d'Ivoire remonte à la fin des années 1940. Jusqu'aux années 1980, la région de Séguéla a été l'un des pôles africains de production, avant de sombrer dans l'épuisement des gisements alluviaux, l'absence d'investissements et l'essor de l'orpaillage illégal. Le gouvernement ivoirien avait déjà tenté de relancer la filière en 2014 avec un nouveau code minier, sans succès durable. Aujourd'hui, la donne change : la demande mondiale de diamants reste solide, les prix se maintiennent, et les technologies d'exploration permettent de mieux valoriser les kimberlites, sources primaires plus pérennes. Le ministre a promis un cadre transparent et une lutte renforcée contre l'exploitation illicite, condition sine qua non pour attirer des investisseurs internationaux.

Botswana : la référence en matière de gouvernance diamantifère

Le choix du Botswana comme partenaire n'est pas anodin. Ce pays d'Afrique australe a bâti en cinquante ans une industrie intégrée, de l'extraction à la joaillerie, en passant par la taille et le polissage. Surtout, il a mis en place un modèle de gouvernance où l'État détient 15 % des parts de Debswana (coentreprise avec De Beers) et reverse une part significative des revenus à l'économie nationale. Les experts botswanais ont déjà effectué une mission technique à Séguéla en mai 2026, et un accord bilatéral doit être formalisé d'ici la fin de l'année. Abidjan espère ainsi importer non seulement des compétences géologiques, mais aussi un cadre institutionnel qui a prouvé son efficacité pour éviter la malédiction des ressources.

Au-delà du diamant : une stratégie minière globale

L'annonce de Séguéla s'intègre dans une politique sectorielle plus vaste. La Côte d'Ivoire, premier producteur africain de cacao, cherche à diversifier son économie via les mines. L'or est déjà le premier produit d'exportation minier, avec une production dépassant 50 tonnes en 2025. Le pays ambitionne aussi de devenir un hub régional pour le raffinage pétrolier et le gaz, avec le projet de Bélier en mer profonde. La relance du diamant complète cette palette, en misant sur un minerai à haute valeur ajoutée et à fort potentiel de création d'emplois locaux, si la chaîne de valeur est maîtrisée.

Un enjeu de souveraineté et de lutte contre l'illégalité

Le discours du ministre a eu lieu dans le cadre d'une campagne contre l'orpaillage illégal, fléau qui gangrène le secteur minier artisanal. En légalisant et en industrialisant l'extraction du diamant, l'État espère reprendre le contrôle d'une ressource qui échappe largement aux circuits officiels. La coopération avec le Botswana inclut un volet de renforcement des capacités de contrôle et de certification, en phase avec les exigences du Processus de Kimberley. Cette démarche s'aligne sur les tendances régionales : le Ghana, le Burkina Faso et la Guinée renforcent eux aussi leurs cadres juridiques pour capter davantage de valeur ajoutée.

Une région en quête de modèles de développement extractif

L'initiative ivoirienne intervient dans un contexte ouest-africain marqué par une prise de conscience : les ressources minières doivent servir au développement local et à l'intégration régionale. Le récent Pacte d'avenir de la CEDEAO, dévoilé en mai 2026, insiste sur la nécessité d'harmoniser les politiques minières et de créer des chaînes de valeur régionales. Le partenariat avec le Botswana peut servir de laboratoire : si la Côte d'Ivoire parvient à reproduire le modèle botswanais, elle deviendrait un exemple pour ses voisins. Mais les défis restent immenses : financement, infrastructure, formation, et surtout, volonté politique de lutter contre les intérêts informels.

La relance du diamant ivoirien dépasse le simple cadre national. Elle illustre une aspiration plus large des États ouest-africains à transformer leurs richesses extractives en leviers de développement souverain, en s'inspirant de modèles éprouvés ailleurs. Reste à savoir si le contexte régional, marqué par l'instabilité sécuritaire et les tensions géopolitiques, permettra à cette ambition de se concrétiser.