Une délégation ivoirienne de haut niveau a effectué une visite technique chez Sonelgaz, le groupe public algérien, du 7 au 9 mai 2026. L'objectif : consolider les partenariats dans le secteur électrique, dans le cadre des orientations algériennes pour renforcer la coopération Sud-Sud. Cette démarche intervient alors que l'Algérie augmente sa production pétrolière et que la Côte d'Ivoire cherche à sécuriser son approvisionnement pour soutenir sa croissance. Elle marque un tournant dans la dynamique énergétique régionale, où les échanges intra-africains prennent le pas sur les dépendances historiques.

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La visite de la délégation ivoirienne chez Sonelgaz s'inscrit dans une stratégie plus large de l'Algérie visant à devenir un pôle énergétique africain. Depuis plusieurs mois, Alger affiche une volonté de multiplier les partenariats avec ses voisins du Sud, comme en témoigne la hausse de sa production pétrolière annoncée début mai 2026 – une augmentation de 6 000 barils par jour, atteignant 989 000 bpj. Mais au-delà des hydrocarbures, le pays mise sur l'électricité et les énergies renouvelables pour diversifier son offre et exporter son savoir-faire. Sonelgaz, fort de son expérience dans la production, le transport et la distribution, est un instrument clé de cette ambition.

Pour la Côte d'Abidjan, ce rapprochement répond à un besoin pressant : faire face à une demande électrique croissante, portée par l'industrialisation et l'urbanisation. Le pays, qui a connu une croissance économique soutenue, doit sécuriser son mix énergétique, encore très dépendant du gaz et de l'importation d'électricité depuis le Ghana et la Côte d'Ivoire elle-même. En explorant les technologies algériennes – notamment dans l'extension des réseaux et la gestion des infrastructures – Abidjan cherche à renforcer sa résilience et à réduire sa vulnérabilité aux chocs extérieurs.

Cette visite technique n'est pas un simple échange de courtoisie. Les délégations se sont rendues dans plusieurs filiales de Sonelgaz pour observer les mécanismes de gestion, les technologies modernes et les projets en cours. Elle témoigne d'une volonté d'approfondir la coopération opérationnelle, au-delà des simples déclarations politiques. Du côté algérien, il s'agit aussi de valoriser une expertise qui pourrait être exportée sous forme de contrats de services, de maintenance ou de formations, créant ainsi de nouvelles sources de revenus pour le groupe.

Ce mouvement s'inscrit dans une tendance plus large observée en Afrique de l'Ouest : la diversification des partenaires énergétiques. Alors que le Nigeria, premier producteur de pétrole de la région, affiche une production au plus haut depuis cinq ans (1,71 million de bpj) et cherche à renforcer sa souveraineté régionale, d'autres États comme la Côte d'Ivoire explorent des voies alternatives pour ne pas dépendre d'un seul fournisseur. L'Algérie, avec ses ressources en gaz et son potentiel solaire, apparaît comme un complément stratégique.

Par ailleurs, cette coopération Sud-Sud prend une dimension particulière dans le contexte des transitions énergétiques mondiales. Les pays producteurs d'hydrocarbures doivent anticiper la baisse de la demande à long terme. En investissant dans des partenariats électriques et en partageant des technologies renouvelables, l'Algérie et la Côte d'Ivoire cherchent à créer des synergies durables, au-delà du simple commerce de combustibles fossiles.

Pour l'instant, les modalités concrètes de ce partenariat restent à préciser. S'agira-t-il de contrats d'ingénierie, de transfert de technologies, ou d'investissements directs dans des centrales ? Les discussions en cours devraient aboutir à des accords cadres dans les prochains mois. Mais le signal est clair : la coopération énergétique intra-africaine est en train de passer de l'incantation à la réalisation.

Ce rapprochement entre l'Algérie et la Côte d'Ivoire illustre une recomposition des alliances énergétiques en Afrique de l'Ouest. Alors que la production pétrolière nigériane et algérienne donne des marges de manœuvre, les États cherchent à mutualiser leurs atouts pour bâtir des systèmes électriques plus robustes et moins dépendants des marchés internationaux. La question est désormais de savoir si ces partenariats techniques se traduiront par des investissements tangibles et une véritable intégration des réseaux, ou s'ils resteront des échanges de bonnes pratiques sans impact systémique.