Au Gabon, la pression des conflits entre la faune sauvage et l’agro-industrie atteint un seuil critique. La filiale locale d’Olam Palm envisage une fermeture partielle de son site de palmier à huile à Makouké, en raison d’incursions répétées d’éléphants. Ce cas, bien que situé en Afrique centrale, résonne directement avec les enjeux auxquels fait face l’industrie minière aurifère en Afrique de l’Ouest, où l’expansion des mines d’or empiète sur des écosystèmes fragiles. Il interroge la capacité des États à concilier développement économique, souveraineté énergétique et protection de la biodiversité.

Infographie — Or · Production

Une alerte venue du Gabon

Les conflits entre l’homme et la faune sauvage ne sont pas nouveaux, mais leur intensification dans le cadre d’activités extractives pose une question stratégique. Au Gabon, Olam Palm, filiale du géant singapourien Olam, a annoncé envisager une fermeture partielle, voire totale, de son site de production de palmier à huile à Makouké, situé dans la province du Moyen-Ogooué. La raison invoquée est simple mais lourde de conséquences : les incursions répétées d’éléphants, qui détruisent les plantations et mettent en danger les travailleurs. Ce cas illustre comment une exploitation intensive des ressources naturelles peut entrer en collision directe avec la conservation de la faune, générant des pertes économiques et des tensions sociales.

Un parallèle avec le secteur aurifère ouest-africain

Le secteur minier ouest-africain, en particulier l’or, connaît une expansion rapide. Des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Ghana et la Côte d’Ivoire voient leur production aurifère progresser, attirant investisseurs et compagnies internationales. Mais cette croissance s’accompagne de pressions croissantes sur les écosystèmes. Les mines d’or sont souvent situées dans des zones forestières ou des habitats naturels abritant une faune menacée. Les conflits similaires à ceux d’Olam Palm pourraient émerger, notamment avec des espèces comme les éléphants de forêt, les chimpanzés ou les pangolins, qui sont protégés par des conventions internationales.

Les enjeux de souveraineté et de revenus

Pour les États ouest-africains, l’or représente une source majeure de recettes d’exportation et de fiscalité. Au Mali, l’or constitue le premier produit d’exportation, avec plus de 70 tonnes produites en 2023. Au Ghana, le secteur minier contribue à près de 10 % du PIB. La fermeture ou le ralentissement d’une mine pour des raisons environnementales pourrait avoir des conséquences budgétaires importantes, réduisant les marges de manœuvre des gouvernements dans un contexte de dette élevée. Par ailleurs, la question de la souveraineté énergétique se pose : les mines d’or sont grandes consommatrices d’énergie, et tout conflit d’usage des terres peut compliquer les projets d’infrastructures énergétiques.

La réponse des institutions régionales

L’exemple gabonais montre que les entreprises extractives ne sont pas à l’abri de ces conflits. Les compagnies minières en Afrique de l’Ouest doivent dès lors intégrer des études d’impact environnemental plus rigoureuses et des plans de cohabitation avec la faune. La CEDEAO, à travers son « Pacte d’avenir » en six piliers dévoilé en mai 2026, pourrait jouer un rôle de coordination régionale pour harmoniser les normes environnementales dans le secteur extractif. De leur côté, les États doivent arbitrer entre les intérêts économiques à court terme et la préservation d’un capital naturel indispensable à long terme.

Une dynamique géopolitique à ne pas négliger

Les pressions environnementales viennent aussi de l’extérieur : les marchés internationaux et les investisseurs sont de plus en plus sensibles aux critères ESG (environnement, social, gouvernance). Une mine qui génère des conflits avec la faune pourrait voir ses financements se tarir ou ses débouchés commerciaux se réduire. Par ailleurs, les tensions foncières liées aux mines d’or alimentent parfois des conflits communautaires, comme on le voit dans certaines régions du Burkina Faso. L’affaire Olam Palm rappelle que le développement minier doit être compatible avec les contraintes écologiques locales sous peine de remettre en cause sa viabilité même.

Vers une approche intégrée

Les leçons du cas gabonais pourraient inciter les pays ouest-africains à renforcer leurs politiques de gestion des aires protégées et à promouvoir des techniques d’extraction moins invasives. Certains pays, comme le Ghana, expérimentent déjà des corridors écologiques pour permettre le passage de la faune à travers les concessions minières. Mais ces initiatives restent isolées. Une réponse régionale, appuyée par des institutions comme la BOAD ou l’UEMOA, pourrait financer des études et des infrastructures de cohabitation, tout en maintenant l’attractivité du secteur aurifère.

Le conflit entre Olam Palm et les éléphants au Gabon n’est pas un cas isolé : il préfigure les défis que l’Afrique de l’Ouest devra relever dans ses zones aurifères. Alors que la demande mondiale d’or reste élevée et que les cours se maintiennent, les gouvernements doivent jongler entre rente minière et impératifs écologiques. La véritable question n’est pas de savoir s’il faut choisir entre développement et environnement, mais comment intégrer l’un dans l’autre pour assurer une souveraineté durable.