Alors que le monde s'engage dans la transition énergétique, le lithium devient une ressource stratégique. Le Sahel, et en particulier le Burkina Faso, le Mali et le Niger, émerge comme un nouvel eldorado pour ce minerai. Mais cette ruée s'accompagne de risques majeurs : intégration aux conflits locaux, contrebande et fragilisation des économies nationales. Les dynamiques récentes dans la région, marquées par des bouleversements politiques et sécuritaires, donnent à cette question une acuité particulière.
La nouvelle frontière minière entre convoitises et conflits
Le Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) devient un eldorado du lithium, mais la ruée attise les tensions.
Le lithium s'ajoute aux sources de revenus des groupes armés.
Les circuits informels prospèrent dans les zones non contrôlées.
Dépendance accrue à une ressource volatile, au détriment d'autres secteurs.
La demande mondiale de lithium, portée par les véhicules électriques et le stockage d'énergies renouvelables, devrait exploser. L'Agence internationale de l'énergie anticipe une hausse significative des besoins. Le Sahel attire les convoitises, mais les bouleversements politiques et sécuritaires récents donnent à cette question une acuité particulière.
Un enjeu mondial qui se joue au Sahel
La demande mondiale de lithium, portée par l'essor des véhicules électriques et le stockage d'énergies renouvelables, devrait exploser dans les prochaines années. L'Agence internationale de l'énergie anticipe une hausse significative des besoins. Aujourd'hui, plus de 40 000 tonnes de lithium sont déjà extraites chaque année en Afrique, et ce chiffre pourrait atteindre 500 000 tonnes d'ici 2030. Dans ce contexte, le Sahel attire les convoitises.
Or, cette région semi-aride, qui s'étend du Sénégal au Tchad, est en proie à des conflits armés et à une instabilité chronique. Les groupes djihadistes, comme Boko Haram ou l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), tirent déjà profit de l'exploitation minière artisanale de l'or. Le lithium, nouveau minerai très demandé, s'ajoute à leurs sources de revenus.
Des ressources qui alimentent les conflits
Les recherches récentes montrent que les industries du lithium en expansion s'insèrent progressivement dans les conflits existants. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les zones d'extraction coïncident souvent avec les zones d'influence des groupes armés. La contrebande transfrontalière, déjà bien rodée pour l'or, s'étend désormais au lithium. Les groupes criminels profitent du faible contrôle étatique pour générer des revenus, financer leurs opérations et étendre leur emprise territoriale.
Cette situation révèle une gouvernance défaillante dans des États déjà fragilisés par des transitions politiques récentes. Le Burkina Faso, par exemple, a rompu ses relations diplomatiques avec la France en juin 2026, dans un contexte de souveraineté affirmée. Cette rupture, présentée comme un acte de responsabilité, pourrait avoir des implications sur la gestion des ressources naturelles et la coopération sécuritaire.
Une opportunité économique à double tranchant
Pour les économies sahéliennes, le lithium représente une opportunité de diversification et de revenus. Mais l'exploitation de cette ressource peut aussi exacerber les tensions, si elle n'est pas encadrée. Les exemples de l'or et du pétrole dans la région montrent que les revenus miniers ne profitent pas toujours aux populations locales, et peuvent même alimenter l'instabilité.
La ruée vers le lithium intervient alors que d'autres filières extractives connaissent des évolutions contrastées. Le Sénégal et la Mauritanie, avec le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), et le Sénégal avec le pétrole de Sangomar, voient leurs revenus énergétiques augmenter. Mais ces ressources ne sont pas à l'abri des tensions géopolitiques. L'orpaillage illégal, qui sévit au Burkina Faso et au Mali, illustre les difficultés des États à contrôler leurs richesses souterraines.
Une géopolitique régionale en recomposition
La question du lithium s'inscrit dans une recomposition géopolitique plus large. Les puissances étrangères, notamment la Chine, les États-Unis et la Russie, s'intéressent de près aux ressources sahéliennes. La Chine, déjà premier producteur mondial de lithium, cherche à sécuriser ses approvisionnements. Les États-Unis et l'Europe, dans leur stratégie de diversification, regardent aussi vers l'Afrique.
Dans ce jeu d'influence, les États sahéliens tentent de tirer leur épingle du jeu. Certains, comme le Burkina Faso, se tournent vers de nouveaux partenaires, tandis que d'autres cherchent à renforcer leur souveraineté sur leurs ressources. Mais cette quête de souveraineté se heurte à la réalité sécuritaire : sans contrôle territorial, les revenus miniers échappent en grande partie aux États.
L'impératif de la coopération régionale
Face à ces défis, la coopération régionale apparaît comme une nécessité. Les pays du Sahel, réunis au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), pourraient mutualiser leurs efforts pour mieux encadrer l'exploitation minière et lutter contre la contrebande. Mais cette coopération est fragilisée par les divergences politiques et les priorités nationales.
Le lithium, s'il est bien géré, pourrait contribuer au développement économique de la région. Mais il pourrait aussi, comme l'or avant lui, devenir une source de conflits et de fragilisation. Les décisions prises dans les prochains mois seront déterminantes.
La ruée vers le lithium au Sahel s'annonce comme un test décisif pour la gouvernance régionale. Alors que les conflits s'enlisent et que les puissances étrangères se disputent les ressources, les États sahéliens devront trouver un équilibre entre souveraineté, coopération et contrôle de leurs territoires. L'issue de ce défi façonnera probablement l'avenir économique et sécuritaire de toute l'Afrique de l'Ouest.
Vérification : La production africaine de lithium est bien inférieure à 40 000 tonnes par an. Par exemple, en 2023, la production totale de l'Afrique était d'environ 5 000 tonnes (principalement du Zimbabwe). · La rupture des relations diplomatiques entre le Burkina Faso et la France a eu lieu en janvier 2023, pas en juin 2026. · La Chine est le premier transformateur de lithium, mais le premier producteur mondial de lithium est l'Australie, suivie du Chili et de la Chine.