Le 4 juin 2026, les Premiers ministres algérien et nigérien ont inauguré la centrale électrique de Gorou Banda, premier jalon concret de la coopération énergétique bilatérale. Cette infrastructure vient répondre au déficit chronique d’électricité de Niamey, aggravé par les sanctions de la CEDEAO après le coup d’État de 2023. Au-delà de l’urgence énergétique, le projet révèle la stratégie d’influence d’Alger dans son voisinage sud, alors que la sous-région voit ses partenariats historiques se redessiner.

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Un symbole de la nouvelle donne sahélienne

L’inauguration de la centrale de Gorou Banda, le 4 juin 2026, dépasse le simple fait technique. Elle incarne le premier résultat visible des engagements pris entre Alger et Niamey depuis le rapprochement consécutif au changement de régime au Niger. Pour le Premier ministre nigérien Ali Lamine Zeine, cette mise en service offre une réponse concrète à la pression sur l’approvisionnement électrique qui s’est intensifiée après les sanctions ouest-africaines. Le Nigeria, principal fournisseur d’électricité du Niger, a en effet réduit ses livraisons durant la crise diplomatique, exposant la vulnérabilité d’un pays qui importe encore une part significative de son courant.

Le choix de Gorou Banda n’est pas anodin. Ce site, déjà stratégique pour l’alimentation de la capitale, devient le point d’ancrage d’une nouvelle séquence de coopération bilatérale. La centrale inaugurée s’ajoute aux efforts de diversification engagés par Niamey, qui mise à la fois sur le thermique et le solaire pour réduire sa dépendance. Mais le geste algérien porte une dimension politique forte : il intervient alors que la France et d’autres partenaires occidentaux réduisent leur présence militaire et économique au Sahel, laissant un vide que des acteurs régionaux comme l’Algérie cherchent à occuper.

Les implications pour la souveraineté énergétique régionale

Cette coopération bilatérale interroge les logiques d’intégration régionale. Alors que la CEDEAO peine à maintenir sa cohésion face aux régimes issus de coups d’État, des initiatives parallèles émergent. L’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Niger, le Mali et le Burkina Faso, pourrait constituer un cadre alternatif pour des projets énergétiques. Cependant, l’implication de l’Algérie, non membre de cette alliance, suggère une approche pragmatique : Alger préfère des accords bilatéraux plutôt que de s’engager dans des blocs encore fragiles.

Sur le plan macroéconomique, la centrale de Gorou Banda ne résout pas le déficit d’infrastructures identifié par l’Infrastructure Consortium for Africa, estimé à 118 milliards de dollars. Mais elle illustre comment des partenariats Sud-Sud peuvent offrir des solutions ciblées. Par ailleurs, la récente amélioration de la note souveraine du Nigeria par S&P, passée à « B » avec perspective stable, pourrait relancer les investissements dans le secteur électrique nigérian, ce qui bénéficierait indirectement à ses voisins — si les relations se normalisent.

L’inflation à 15,7% en avril 2026 en Afrique de l’Ouest rappelle que le coût de l’énergie pèse lourdement sur les ménages et les entreprises. L’électricité stable est un levier de compétitivité, et chaque nouvelle capacité installée compte. Cependant, la viabilité financière de ces centrales reste une question : les subventions publiques nécessaires pour maintenir des tarifs abordables peuvent grever les budgets des États. La centrale de Gorou Banda, bien que modeste, s’inscrit dans une tendance plus large de reconfiguration des partenariats énergétiques au Sahel, où la souveraineté nationale prime désormais sur les cadres multilatéraux traditionnels.

L’inauguration de Gorou Banda est un marqueur de la reconfiguration des alliances énergétiques au Sahel. Elle souligne la capacité de l’Algérie à projeter son influence par des projets concrets, tout en offrant au Niger une bouffée d’oxygène bienvenue. Mais la durabilité de ce modèle dépendra de la capacité des partenaires à inscrire ces initiatives dans une vision régionale cohérente, au-delà des logiques de court terme.