Le 9 juillet 2026, la Banque mondiale a approuvé une garantie de 261 millions de dollars pour le projet Banda, visant à produire 300 mégawatts d’électricité à partir du gaz naturel offshore mauritanien, au bénéfice de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal. Cette décision, complétée par 585 millions de dollars de garanties d’investissement de la MIGA, marque une étape clé dans la stratégie régionale de diversification énergétique. Elle intervient dans un contexte où les États ouest-africains cherchent à réduire leur dépendance aux hydrocarbures importés tout en valorisant leurs ressources locales.

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Le projet Banda s’inscrit dans une dynamique plus large de transformation du secteur électrique en Afrique de l’Ouest. Alors que la région est confrontée à un déficit d’accès à l’électricité chronique – plus de 40 % de la population non connectée selon les dernières estimations –, la mise en valeur des réserves de gaz naturel mauritaniennes offre une perspective concrète d’augmentation de la capacité de production. Le choix du gaz comme source de base pour 300 MW reflète une pragmatique énergétique : il permet une production modulable et moins coûteuse que le fioul lourd, tout en étant moins intermittente que le solaire ou l’éolien.

L’architecture financière du projet est révélatrice des équilibres régionaux. La Mauritanie, premier bénéficiaire avec 130 millions de dollars, assume le rôle de fournisseur de ressource. Le Mali, avec 99 millions, et le Sénégal, avec 32 millions, sont des acheteurs – mais aussi des partenaires stratégiques, le Sénégal développant parallèlement ses propres champs gaziers (Grand Tortue Ahmeyim). Cette répartition souligne une nouvelle forme de coopération énergétique : les pays disposant de ressources fossiles les monnaient en électricité pour leurs voisins, créant des interdépendances inédites.

Le recours à une garantie de la Banque mondiale et à l’assurance de la MIGA vise à réduire le risque perçu par les investisseurs privés dans un contexte où la stabilité politique et juridique des États sahéliens reste incertaine. Le Mali, en particulier, est engagé dans une transition politique délicate depuis le retrait de la CEDEAO en 2024, ce qui complique les flux financiers transfrontaliers. La garantie internationale agit donc comme un catalyseur de confiance, mais elle pose aussi la question de la souveraineté : les conditions attachées à ces financements contraignent-elles les choix énergétiques des pays bénéficiaires ?

Par ailleurs, le projet Banda ne peut être isolé des tendances régionales. En mai 2026, la Guinée lançait un programme de formation d’ingénieurs autour du barrage de Souapiti, tandis que le Togo renforçait ses centrales thermiques. Ces signaux contradictoires illustrent le dilemme ouest-africain : faut-il parier sur les énergies renouvelables (hydro, solaire) ou sur les fossiles disponibles localement (gaz, pétrole) ? Le choix du gaz permet une montée en puissance rapide, mais il ancre la région dans une dépendance aux hydrocarbures pour au moins deux décennies, à contrecourant des objectifs climatiques mondiaux.

Du point de vue géopolitique, le projet Banda renforce le rôle de la Mauritanie comme hub énergétique régional, aux côtés du Sénégal et du Nigeria. Il pourrait également atténuer les tensions autour de la gestion des cours d’eau partagés, comme le fleuve Sénégal, qui alimente des barrages hydroélectriques. En proposant une alternative thermique, le gaz réduit la pression sur les ressources hydriques, mais il crée une nouvelle dépendance aux infrastructures d’extraction et de transport – notamment le gazoduc qui devra relier les champs offshore aux centrales.

Enfin, le financement par la Banque mondiale soulève la question des retombées pour les populations locales. L’exploitation du gaz mauritanien a souvent été critiquée pour son impact environnemental et le partage des revenus avec les communautés côtières. Le partenariat public-privé qui sous-tend Banda devra démontrer sa capacité à assurer une redistribution équitable – un enjeu central pour la stabilité à long terme.

Ces derniers mois, l’Afrique de l’Ouest a multiplié les initiatives énergétiques intégratrices : le « Pacte d’avenir » de la CEDEAO dévoilé en mai 2026, qui inclut un volet énergétique, ou encore les projets de centrales solaires dans le Sahel. Le projet Banda se distingue par son ambition régionale directe, mais sa réussite dépendra de la capacité des trois États à coordonner leurs politiques tarifaires, à sécuriser les investissements et à gérer les risques politiques. L’électricité produite à partir du gaz mauritanien ne sera pas seulement une source d’énergie : elle deviendra un test grandeur nature de la coopération régionale en action.

Le projet Banda illustre la complexité des choix énergétiques en Afrique de l’Ouest, où la quête de souveraineté se heurte aux impératifs de financement et de coopération régionale. Alors que la région cherche à se positionner dans la transition globale, le recours au gaz local pourrait être une étape – mais il risque aussi de verrouiller des infrastructures qui engageront les États pour plusieurs décennies. Au-delà des 300 MW, c’est la capacité des pays ouest-africains à bâtir une véritable politique énergétique commune qui est en jeu.