Le 3 juin 2026, l'inauguration d'une centrale électrique de 40 MW à Gorou Banda, offerte par l'Algérie au Niger, marque bien plus qu'un simple geste de coopération bilatérale. Dans un contexte où le réseau nigérien, sous forte pression, peine à répondre à une demande croissante des ménages et des industries, cette infrastructure arrive comme une bouffée d'oxygène. Mais au-delà de l'enjeu immédiat de réduction des délestages, cette réalisation s'inscrit dans une recomposition des alliances au Sahel, où Alger cherche à consolider son influence face à d'autres puissances régionales et internationales.

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La centrale de Gorou Banda repose sur deux turbines à gaz de 20 MW chacune, une capacité modeste à l'échelle d'un pays comme le Niger, mais stratégique pour la capitale et ses environs. L'amélioration de l'accès à l'électricité est un levier essentiel pour l'industrialisation et l'attractivité du pays, encore handicapé par un déficit énergétique chronique. Ce projet permet non seulement d'alimenter les ménages et les activités économiques, mais aussi de stabiliser un réseau qui subissait de fréquents délestages, freinant les investissements.

Un don qui cache une stratégie d'influence

Ce cadeau algérien ne doit rien au hasard. Décidé lors de la visite du président nigérien Abdourahamane Tiani à Alger en février 2026, il s'intègre dans un ensemble d'accords couvrant les hydrocarbures et les projets structurants. L'Algérie entend ainsi renforcer son ancrage au Sahel, une région où elle rivalise avec d'autres acteurs comme la Russie, la Chine ou les Émirats arabes unis. En offrant une solution concrète aux problèmes énergétiques du Niger, Alger se positionne en partenaire fiable, bien au-delà des simples déclarations diplomatiques.

Un contexte régional en mutation

Les semaines précédant cette inauguration ont vu plusieurs évolutions notables dans la région. Le 15 mai, la BRVM a clôturé en hausse, traduisant une confiance retrouvée des investisseurs dans les marchés ouest-africains. Parallèlement, le Nigeria a vu sa notation souveraine relevée par Standard & Poor's à 'B', signe d'une amélioration macroéconomique. Le Cameroun, de son côté, tente de formaliser son secteur aurifère pour augmenter ses revenus. Ces signaux positifs contrastent avec les fragilités persistantes, notamment énergétiques, du Niger, qui reste tributaire de l'aide extérieure.

L'impact sur la souveraineté énergétique régionale est double : d'un côté, la central électrique réduit la dépendance du Niger vis-à-vis des importations d'électricité (notamment du Nigeria) ; de l'autre, elle renforce sa dépendance à l'égard de l'Algérie, qui fournit à la fois l'infrastructure et, potentiellement, le gaz nécessaire au fonctionnement des turbines. Ce faisant, Alger gagne un levier géopolitique supplémentaire dans une région où les enjeux sécuritaires et migratoires sont cruciaux.

La centrale de Gorou Banda n'est qu'un maillon d'une chaîne de coopération plus vaste entre l'Algérie et le Niger, qui pourrait inclure à terme des projets pétroliers et gaziers. Elle illustre la manière dont l'énergie devient un instrument de puissance au Sahel, dans un contexte où chaque État cherche à sécuriser ses approvisionnements et à étendre son influence. La question reste ouverte de savoir si cette dynamique bénéficiera à long terme au développement du Niger ou si elle l'enfermera dans de nouvelles dépendances.