Le 8 juillet 2026, le groupe saoudien Acwa Power a signé à Nouakchott un Partenariat Public-Privé (PPP) et un Contrat d’Achat d’Électricité (PPA) pour la centrale à cycle combiné de N’Diago, d’une capacité de 230 MW. Ce premier grand projet indépendant de production d’électricité au gaz (IPP) en Mauritanie marque un tournant dans la stratégie énergétique du pays. Alors que le champ gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA) entre en phase de production, ce projet illustre la volonté de Nouakchott de monétiser rapidement ses ressources gazières, dans un contexte régional où le Sénégal accélère également sa propre valorisation.
Centrale de N'Diago : la Mauritanie franchit un cap gazier
Partenariat Public-Privé (PPP) et Contrat d’Achat d’Électricité (PPA) signés le 8 juillet 2026 avec le saoudien Acwa Power.
Premier grand projet indépendant de production d’électricité au gaz (IPP) en Mauritanie.
Haut rendement, moindre intensité carbone par rapport aux centrales thermiques classiques.
Valorisation des ressources gazières mauritaniennes, en lien avec le champ GTA (Grand Tortue Ahmeyim).
Groupe saoudien mondial du dessalement et de l’énergie, ouvre le marché mauritanien aux IPP.
Acteurs & rôles
Dynamique gazière ouest-africaine
En bref : La Mauritanie utilise son gaz naissant pour attirer les investisseurs privés et sécuriser son électricité, dans un contexte régional compétitif.
Un partenariat structurant pour la Mauritanie
La centrale de N’Diago, qui utilisera une technologie à cycle combiné à haut rendement, doit renforcer la sécurité d’approvisionnement électrique d’un pays où la demande croît rapidement. En s’appuyant sur le gaz naturel national, elle permettra de réduire l’intensité carbone de la production par rapport aux centrales thermiques conventionnelles. Pour Acwa Power, acteur mondial du dessalement et de l’énergie, ce projet ouvre l’accès à un marché jusque-là peu exploré par les investisseurs privés internationaux. La présence de hauts responsables gouvernementaux lors de la cérémonie souligne l’importance stratégique de l’infrastructure pour Nouakchott.
Le gaz, levier de souveraineté énergétique
Ce projet s’inscrit dans une dynamique plus large de valorisation des ressources gazières en Afrique de l’Ouest. En mai 2026, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko déclarait que son gouvernement privilégiait l’accélération de la valorisation des ressources, signalant une priorité politique partagée. La Mauritanie, copropriétaire du champ GTA avec le Sénégal, cherche à diversifier ses débouchés : plutôt que d’exporter tout le gaz brut, elle investit dans la production électrique domestique. Cela renforce sa souveraineté énergétique et réduit sa dépendance aux importations d’électricité, notamment en provenance du Sénégal et du Mali. À terme, la centrale de N’Diago pourrait même permettre d’exporter de l’électricité vers les pays voisins, faisant de la Mauritanie un hub régional.
Des enjeux géopolitiques émergents
Le choix d’Acwa Power, un groupe saoudien, n’est pas anodin. Il illustre l’influence croissante des acteurs du Golfe dans le secteur énergétique ouest-africain. Alors que les partenaires traditionnels européens et chinois restent présents, l’arrivée de capitaux saoudiens diversifie les sources de financement et renforce les liens géopolitiques avec Riyad. Par ailleurs, la signature de ce PPP intervient alors que les discussions autour du partage des revenus du GTA se poursuivent entre Nouakchott et Dakar. La mise en œuvre rapide de projets comme N’Diago pourrait influencer les négociations, en démontrant que la Mauritanie est capable de valoriser seule une partie de ses ressources.
Une tendance régionale à surveiller
L’expérience mauritanienne fait écho à celle du Sénégal, où plusieurs projets d’électrification au gaz sont en développement. Cependant, des défis persistent : le financement des infrastructures, la transparence des contrats et la gestion des revenus pour éviter la « malédiction des ressources ». La centrale de N’Diago, bien que modeste en capacité par rapport aux mégaprojets offshore, constitue un test de la capacité de la Mauritanie à attirer et gérer des investissements privés dans un secteur clé. Si elle réussit, elle pourrait ouvrir la voie à d’autres IPP gaziers dans la région, accélérant la transition énergétique et renforçant l’intégration électrique ouest-africaine.
Alors que les champs gaziers du Grand Tortue Ahmeyim continuent de monter en puissance, la centrale de N’Diago représente une première étape concrète vers une exploitation plus diversifiée du gaz mauritanien. Ce projet interroge sur la capacité des États de la région à transformer leurs richesses extractives en bénéfices durables pour leurs populations. Entre souveraineté énergétique, attractivité pour les investisseurs et coopération régionale, la voie est étroite mais prometteuse.