Alors que les pays ouest-africains cherchent à diversifier leurs économies et à accroître la valeur ajoutée de leurs ressources naturelles, le Brésil émerge comme un partenaire stratégique. L'Institut Brésil-Afrique mise sur le transfert de compétences dans les minéraux critiques et la production alimentaire, dans le cadre de la ZLECAf. Cette coopération pourrait redéfinir les chaînes de valeur régionales, notamment dans le secteur aurifère, où l'expertise brésilienne en transformation industrielle offre des perspectives inédites.

Un partenariat fondé sur l'expérience brésilienne de transformation

Le Brésil, qui est passé du statut d'importateur à celui de grand exportateur agricole en quarante ans, entend reproduire ce modèle en Afrique. João Bosco Monte, fondateur de l'Institut Brésil-Afrique, souligne que le continent dispose d'un fort potentiel pour valoriser ses matières premières et en faire bénéficier sa société. Dans le secteur minier, le Brésil développe une stratégie visant à intégrer la transformation locale, un défi majeur pour les pays ouest-africains producteurs d'or, qui exportent encore majoritairement du minerai brut.

La ZLECAf comme catalyseur d'investissements

La Zone de libre-échange continentale africaine, qui réunit 54 pays et un PIB de 3 400 milliards de dollars, crée un marché unifié attractif pour les investisseurs brésiliens. Selon la Banque africaine de développement, l'Afrique possède 60 % des terres arables non cultivées, mais aussi d'importants gisements de minéraux critiques. Cette complémentarité intéresse le Brésil, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements en ressources tout en offrant des technologies adaptées.

Un contexte régional marqué par la quête de souveraineté

Les récents développements politiques en Afrique de l'Ouest, comme l'arrivée au pouvoir de Romuald Wadagni au Bénin et les tensions avec la Confédération des États du Sahel (AES), montrent une volonté de reconfigurer les alliances économiques. Parallèlement, des projets comme le gisement pétrolier Baleine en Côte d'Ivoire illustrent une montée en gamme dans l'exploitation des ressources. C'est dans ce cadre que le Brésil se positionne comme un partenaire alternatif, capable de proposer des solutions de valorisation locales plutôt que l'exportation brute.

L'enjeu de l'industrialisation minière

L'indice d'industrialisation en Afrique de la BAD place la Tunisie au quatrième rang et le Maroc en tête, mais les pays ouest-africains restent en retard dans la transformation de leurs ressources. La coopération brésilienne pourrait accélérer la création de raffineries d'or, d'usines de traitement de minéraux critiques et de complexes agro-industriels, renforçant ainsi la souveraineté économique régionale. Toutefois, cette transition nécessite des investissements lourds et une stabilité politique que les tensions récentes dans le Sahel pourraient entraver.

Des perspectives contrastées pour le secteur aurifère

Si le Brésil apporte une expertise éprouvée, le contexte ouest-africain présente des défis spécifiques : insécurité dans certaines zones minières, fluctuations des cours de l'or (le phénomène El Niño a récemment affecté les matières premières agricoles, mais le métal jaune reste volatil), et concurrence d'autres partenaires comme la Chine ou les Émirats arabes unis. Le succès de ce partenariat dépendra de la capacité des États à offrir un cadre réglementaire attractif tout en garantissant une répartition équitable des bénéfices.

La dynamique actuelle ouvre une fenêtre d'opportunité pour une coopération Sud-Sud inédite dans le secteur extractif ouest-africain. Alors que la ZLECAf entre en vigueur, le modèle brésilien de transformation locale pourrait servir de référence pour d'autres économies émergentes. Reste à voir si les gouvernements de la région sauront saisir cette chance pour réorienter leurs chaînes de valeur et réduire leur dépendance aux exportations brutes.