Un récent rapport de la Commission de l’Union africaine fait état d’avancées notables dans la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), avec notamment une réduction tarifaire sur 90 % des lignes de produits et un volume d’échanges intra-africains en hausse de 15 % en deux ans. Pour l’Afrique de l’Ouest, où la CEDEAO poursuit ses propres efforts de libéralisation, ces résultats posent la question de la cohérence et de l’accélération des réformes. Alors que le nouveau président de la CEDEAO, Julius Maada Bio, a fait du commerce régional une priorité, le continent avance vers un marché unique, mais les obstacles persistants aux frontières rappellent l’ampleur du défi.
Commerce intra-africain : +30 % en deux ans
La ZLECAf accélère, mais l’Afrique de l’Ouest reste à la traîne (12 %). Décryptage des chiffres clés.
La ZLECAf a permis une hausse significative des échanges, mais l’Afrique de l’Ouest reste freinée par des obstacles structurels. La CEDEAO, sous l’impulsion de son nouveau président Julius Maada Bio, tente d’accélérer les réformes pour ne pas rester en marge du marché unique continental.
Les chiffres clés de la ZLECAf
Le rapport, présenté à l’occasion du sixième anniversaire du début des échanges sous régime préférentiel, dresse un bilan contrasté. La suppression des droits de douane sur 90 % des produits est en bonne voie, et les règles d’origine pour 80 % des marchandises ont été finalisées. Le commerce intra-africain a atteint 85 milliards de dollars en 2025, contre 65 milliards en 2023, soit une progression de 30 %. Les services, notamment financiers et numériques, connaissent une croissance encore plus rapide, avec une augmentation de 40 % des échanges transfrontaliers dans ces secteurs.
Cependant, le rapport souligne que les progrès restent inégaux. L’Afrique de l’Ouest affiche une performance en deçà de la moyenne continentale, avec seulement 12 % de croissance des échanges intra-régionaux depuis 2023. Les lenteurs dans l’harmonisation des standards, les barrières non tarifaires et la faiblesse des infrastructures logistiques freinent la dynamique.
Complémentarité et frictions avec la CEDEAO
La CEDEAO, qui a célébré son 51e anniversaire en mai 2026, mène en parallèle sa propre libéralisation. La mission d’inspection au poste-frontière d’Ekok/Mfum entre le Nigeria et le Cameroun en mai dernier illustre la volonté de fluidifier les corridors, mais les progrès sont lents. L’arrivée de Julius Maada Bio à la tête de l’institution a ravivé les espoirs d’une relance, son pays, la Sierra Leone, étant un petit État vulnérable qui bénéficierait d’une ouverture accrue.
La ZLECAf vient superposer un cadre continental à ces initiatives régionales, créant à la fois des synergies et des tensions. D’un côté, elle pousse les États membres de la CEDEAO à accélérer leurs réformes pour ne pas être dépassés par des concurrents d’autres régions. De l’autre, elle exige des concessions supplémentaires sur des secteurs sensibles comme l’agriculture ou l’industrie naissante, où la protection douanière reste élevée.
Les enjeux pour les économies ouest-africaines
Pour les pays comme la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Nigeria, la ZLECAf représente une opportunité de diversification et d’accès à de nouveaux marchés, notamment en Afrique de l’Est et australe. Mais elle accroît aussi la concurrence pour les producteurs locaux. Le rapport note que les industries manufacturières ouest-africaines, encore peu compétitives, risquent de subir des pertes de parts de marché si les mesures d’accompagnement (financement, formation, normes de qualité) ne sont pas renforcées.
La question des infrastructures revient avec acuité : sans corridors fiables, ports efficaces et énergie stable, la ZLECAf risque de rester lettre morte pour une grande partie de la région. Le programme de développement des infrastructures de l’Union africaine (PIDA) a alloué 50 milliards de dollars à des projets ouest-africains, mais la mise en œuvre reste lente.
Une intégration à deux vitesses
En définitive, le rapport confirme ce que les observateurs pressentaient : la ZLECAf progresse, mais à un rythme hétérogène selon les régions. L’Afrique de l’Ouest, malgré ses atouts démographiques et sa position géographique, peine à transformer ses engagements commerciaux en flux réels. Le leadership renouvelé de la CEDEAO et la pression de l’agenda continental pourraient toutefois créer un cercle vertueux, à condition que les États acceptent d’accélérer les réformes internes.
Le chemin vers un marché unique africain reste long, mais les chiffres de 2025-2026 montrent que la dynamique est enclenchée. La question n’est plus de savoir si l’intégration se fera, mais à quelle vitesse et pour le bénéfice de qui.
Les avancées de la ZLECAf, bien que réelles, mettent en lumière les fragilités structurelles de l’intégration ouest-africaine. Alors que la CEDEAO tente de rattraper son retard, le continent avance vers une libéralisation qui redessine les chaînes de valeur régionales. La capacité des États à conjuguer leurs efforts régionaux et continentaux déterminera si l’Afrique de l’Ouest devient un moteur ou un frein du commerce intra-africain.