Ouverte le 11 juin 2026 à Lomé, la deuxième édition des BOAD Development Days a mis en lumière deux priorités régionales : le déficit de logements et la transition énergétique. Entre le financement de 254 milliards FCFA pour un gasoil moins polluant en Côte d'Ivoire et le diagnostic alarmant sur l'habitat, la Banque ouest-africaine de développement affine son rôle de structurateur de projets. Une mutation qui s'inscrit dans le sillage de sa récente notation A par JCR et du lancement de ses obligations sociales.

Infographie — Énergie · Transition

Un financement innovant pour une raffinerie plus verte

La signature, le 11 juin à Lomé, d'une convention de financement de 254 milliards FCFA entre la Société ivoirienne de raffinage (SIR) et un pool de huit banques ivoiriennes marque un tournant. L'opération, conçue et structurée par la BOAD, doit permettre la construction d'une unité d'hydrodésulfuration réduisant la teneur en soufre du gasoil à 50 parties par million, conformément à la directive de la CEDEAO applicable au 1er janvier 2031. Le directeur général de la SIR, Tiotioho Soro, a souligné que le coût de la modernisation ne sera pas répercuté sur les prix à la pompe, grâce à l'implication de l'État et à la mobilisation du secteur financier.

Ce montage illustre une évolution notable dans le rôle de la BOAD. Historiquement prêteur direct, l'institution se positionne désormais comme architecte de syndications bancaires, mutualisant les risques et élargissant la base des financeurs. Une stratégie qui avait été amorcée avec le lancement de « Djoliba… The Next Step », et qui trouve ici une traduction concrète. L'enjeu n'est plus seulement l'outil, mais l'échelle : alors que la BOAD vient d'obtenir la notation A de l'agence japonaise JCR, elle peut ambitionner de lever des ressources plus importantes sur les marchés internationaux pour soutenir des projets régionaux structurants.

Logement : le chiffre qui inquiète, l'ambition qui mobilise

Lors du même forum, le ministre ivoirien de l'Urbanisme, Moussa Sanogo, a livré un diagnostic sans fard. Dans l'UEMOA, la population devrait passer de 152 millions d'habitants en 2005 à plus de 227 millions en 2040, engendrant un déficit de logements estimé à 3,5 millions d'unités. En Côte d'Ivoire, l'écart se situe entre 600 000 et 800 000 logements. Face à cette pression, le modèle historique de construction individuelle ne suffit plus. Le ministre a plaidé pour une politique intégrée liant foncier, mobilité, énergie et services sociaux.

La Côte d'Ivoire a déjà engagé des efforts significatifs. La capacité électrique installée est passée d'environ 1 400 MW en 2011 à près de 3 300 MW en 2026, tandis que le taux d'accès à l'électricité bondissait de 33 % à 98 %. Côté logement, le programme présidentiel affiche 43 000 unités réalisées, complétées par une phase d'urgence de 25 000 logements. Mais ces chiffres, bien qu'impressionnants, ne couvrent qu'une fraction des besoins. La question du financement reste centrale, et c'est là que la BOAD entend jouer un rôle catalyseur.

La finance comme levier de transformation

Les BOAD Development Days 2026 se sont tenus dans un contexte où l'institution régionale consolide ses outils. La Caisse Régionale de Refinancement Hypothécaire de l'UEMOA (CRRH-UEMOA) a récemment ouvert un nouveau chapitre de son histoire, élargissant ses capacités de refinancement du crédit immobilier. Parallèlement, la BOAD a émis des obligations sociales et exploré la titrisation et les garanties de première perte. Ces innovations financières visent à attirer des investisseurs institutionnels, souvent réticents à s'engager dans le logement locatif social ou les infrastructures de base.

Le débat sur l'habitat à Lomé a ainsi dépassé la simple question de la construction pour interroger le modèle de développement urbain. Dans une région où l'urbanisation galopante coexiste avec des fragilités climatiques et sociales, le logement devient un vecteur d'emploi, de santé publique et de stabilité. La BOAD, en structurant des opérations comme celle de la SIR ou en soutenant la CRRH-UEMOA, cherche à démontrer que la finance peut être un levier de transformation, à condition d'être pensée à l'échelle régionale.

Une dynamique à confirmer

Reste à savoir si ces instruments permettront d'atteindre l'ampleur nécessaire. Le déficit de 3,5 millions de logements dans l'UEMOA exige des investissements massifs, bien supérieurs aux capacités actuelles des banques locales. De même, la transition énergétique dans le raffinage, si elle réduit les émissions, nécessite une mise à niveau de l'ensemble du parc de raffineries ouest-africaines. La BOAD, avec son nouveau statut de banque notée A, pourrait jouer un rôle de chef de file pour attirer des capitaux internationaux. Mais le temps presse : d'ici 2031, la directive CEDEAO sur le soufre entre en vigueur, et la pression démographique ne fait que croître.

Les BOAD Development Days 2026 ont confirmé que la Banque ouest-africaine de développement n'est plus seulement un prêteur, mais un architecte de solutions financières composites. Entre la syndication pour la SIR et le plaidoyer pour un habitat intégré, l'institution cherche à répondre à des défis qui dépassent les frontières nationales. L'écho de ces annonces dépendra de leur capacité à attirer des partenaires privés et publics au-delà de l'Union. Dans une Afrique de l'Ouest en pleine mutation, la finance régionale se réinvente, mais l'ampleur des besoins interroge encore les moyens.