Avec un déficit estimé de 3,5 millions de logements et une demande annuelle de 800 000 unités, l'UEMOA doit repenser le logement comme un instrument de politique macroéconomique. À l'occasion des BOAD Development Days à Lomé, la Banque ouest-africaine de développement positionne l'habitat durable comme levier de souveraineté énergétique. Une approche qui combine stabilité financière, inclusion et transition énergétique.

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Un déficit structurel de logements, un enjeu macroéconomique

À l’ouverture de la deuxième édition des BOAD Development Days à Lomé, le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, a posé un diagnostic clair : dans une Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) confrontée à un déficit de 3,5 millions de logements et une demande annuelle de 800 000 unités supplémentaires, le logement ne saurait être réduit à un simple produit bancaire. Il devient un instrument de politique macroéconomique. Les chiffres donnent le vertige : avec une population qui devrait dépasser 300 millions d’habitants d’ici 2050 et une croissance démographique de près de 3 % par an, les banques de l’Union n’accordent qu’environ 15 000 prêts hypothécaires par an. Ce déséquilibre reflète moins un manque de liquidités qu’une absence de cadre incitatif et de produits adaptés. Serge Ekué le rappelle : le logement génère de l’emploi, de la consommation et de l’épargne longue, ce qui en fait un levier de stabilité macroéconomique.

Depuis l’arrivée de Serge Ekué à sa tête, la BOAD a profondément transformé sa structure financière. Ses fonds propres ont doublé depuis 2021 et progressé de 28 % en 2025. Cette recapitalisation massive lui permet d’augmenter sa capacité d’intervention tout en maintenant des notations solides – A- chez JCR, Baa1 chez Moody’s, BBB chez Fitch. La banque a ainsi investi près de 10 000 milliards de francs CFA depuis sa création. Ce renforcement arrive à point nommé pour financer les infrastructures et le logement durable, thème central de cette édition des Development Days.

Le logement durable comme levier de souveraineté énergétique

La deuxième édition des BOAD Development Days, réunissant 400 participants de 25 pays, place l’habitat au centre d’une stratégie de développement intégrant efficacité énergétique et souveraineté énergétique. Le thème retenu, « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique », reflète une prise de conscience : le bâtiment consomme l’essentiel de l’électricité dans la région, et sa transformation est un levier clé pour réduire la dépendance énergétique. La BOAD cherche à structurer des projets bancables capables d’attirer des financements de long terme, publics et privés, en standardisant l’efficacité énergétique et l’intégration des énergies renouvelables dans la construction, tout en facilitant l’accès au crédit hypothécaire pour les ménages.

Cette ambition s’inscrit dans une dynamique déjà amorcée. En mai 2026, la BOAD et Proparco (filiale de l’AFD) ont signé une opération de financement croisé de 200 millions d’euros (environ 131 milliards FCFA) dédiée au secteur privé dans l’UEMOA. Ce précédent illustre la montée en puissance des financements mixtes et la capacité de la banque à mobiliser des ressources internationales pour le logement durable. La convergence des enjeux macroéconomiques et énergétiques fait du logement un vecteur de croissance et de souveraineté, dans une région où l’informel domine encore largement le bâti.

Au-delà des chiffres, ces Development Days révèlent une ambition : faire du secteur du logement un catalyseur de transformations structurelles. Reste à savoir si les mécanismes de financement pourront suivre le rythme de la demande, dans une région où l'informel domine encore largement le bâti.