Au 31 décembre 2025, la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) gérait 40 595 milliards de francs CFA de réserves officielles, l'un des plus importants portefeuilles du continent. Dans un contexte de hausse des prix des matières premières et de tensions économiques au sein de l'UEMOA, l'institution a discrètement amorcé un rééquilibrage de ses actifs, notamment en faveur de l'or. Cette décision, intervenue en mai 2026, s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification et de sécurisation des réserves, face à l'inflation mondiale et aux incertitudes géopolitiques.

Infographie — Or · Production

Une décision mûrie dans un contexte de tensions régionales

La BCEAO a officialisé fin mai 2026 un relèvement de la part de l'or dans ses réserves de change, une première depuis 2019. Selon des sources internes, l'objectif est de porter la proportion d'or de 8 % à 12 % d'ici fin 2027. Cette orientation s'appuie sur l'envolée du cours de l'once, qui a franchi la barre des 2 500 dollars en mars 2026, ainsi que sur la volatilité des devises et des dettes souveraines. Le mouvement intervient alors que l'indice des prix des matières premières exportées par l'UEMOA a rebondi de 6,2 % en mars, selon les données de la Banque centrale (source : sikafinance.com, 21 mai 2026).

Un portefeuille sous pression

Les réserves de la BCEAO, bien que massives, sont exposées à des disparités croissantes entre les économies de l'Union. La Côte d'Ivoire et le Sénégal ont vu leur production aurifère progresser respectivement de 12 % et 9 % en 2025, tandis que le Mali, membre de l'Alliance des États du Sahel (AES), a enregistré une baisse de 4 % en raison de l'insécurité dans les zones minières (source : maliactu.net, 31 mai 2026). Ces écarts compliquent la politique monétaire unique, car la BCEAO doit composer avec des besoins de liquidités divergents.

L'or comme bouclier face aux chocs extérieurs

La décision de renforcer les avoirs en or répond aussi à la fin du programme de Facilité élargie de crédit du Ghana avec le FMI, officialisée le 15 mai 2026 (source : asatunews.co.id, 16 mai 2026). Le Ghana, voisin de l'UEMOA et premier producteur d'or d'Afrique de l'Ouest, a stabilisé son économie, mais sa sortie du programme souligne la fragilité des équilibres régionaux. En augmentant sa part d'or, la BCEAO se prémunit contre une éventuelle contagion de la dette ghanéenne sur les marchés financiers ouest-africains.

Par ailleurs, la flambée de l'or offre une opportunité de valorisation. Les réserves actuelles, évaluées au prix de marché, auraient généré une plus-value latente de près de 1 200 milliards FCFA depuis janvier 2025, selon les calculs d'analystes. Cette manne permet à la BCEAO d'envisager des opérations de swap ou de prêt d'or avec d'autres banques centrales, comme évoqué lors du sommet Africa Forward à Nairobi le 18 mai 2026 (source : agenceecofin.com, 18 mai 2026).

Les limites d'une stratégie unilatérale

Cependant, tous les États membres ne bénéficient pas également de cette politique. Le Mali et le Burkina Faso, confrontés à une baisse de leur production minière, peinent à contribuer à l'accumulation d'or. En outre, la hausse des réserves d'or pourrait réduire la liquidité disponible pour financer les économies locales, notamment en période de soudure agricole. La BCEAO devra donc ajuster ses instruments de refinancement pour éviter un resserrement du crédit.

Un signal pour l'avenir de la monnaie unique

Cette réévaluation des réserves intervient dans un débat plus large sur le rôle de l'or dans l'architecture monétaire africaine. L'économiste togolais Akuavi Adom, ancien commissaire de l'UEMOA, a plaidé à Nairobi pour une mutualisation des achats d'or entre banques centrales de la région, afin de peser sur les cours et de réduire la dépendance au dollar (source : agenceecofin.com, 18 mai 2026). Si la BCEAO n'a pas officiellement endossé cette proposition, sa décision de mai 2026 pourrait en être le premier pas concret.

En rehaussant la part de l'or dans ses réserves, la BCEAO envoie un message clair sur sa volonté de renforcer la souveraineté monétaire de l'UEMOA. Mais cette stratégie n'aura de sens que si elle s'accompagne d'une harmonisation des politiques minières nationales et d'une meilleure intégration des économies aurifères. La question demeure : l'or peut-il devenir le socle d'une nouvelle architecture financière ouest-africaine, ou ne sera-t-il qu'un actif de plus dans un portefeuille déjà complexe ?