Le 10 juin 2026, le Comité de politique monétaire de la BCEAO s'est réuni à Dakar pour sa deuxième session ordinaire de l'année. En toile de fond, les réserves de change de l'institution atteignent 40 595 milliards FCFA fin 2025, un niveau historique qui inclut des avoirs en or croissants. Cette décision monétaire intervient dans un contexte où les matières premières reprennent des couleurs, mais où les économies de l'Alliance des États du Sahel, dont le Mali, peinent à suivre le rythme des poids lourds côtiers.

Infographie — Or · Mali

Un portefeuille d'or sous pression

La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest détient l'un des plus grands portefeuilles de réserves du continent, avec 40 595 milliards FCFA à fin 2025. Parmi ces actifs, l'or occupe une place stratégique, notamment depuis que le Mali a accru sa production aurifère pour compenser ses difficultés budgétaires. Pourtant, la BCEAO doit concilier la gestion de ces réserves avec une politique monétaire qui privilégie la stabilité du franc CFA.

La reprise des matières premières en mars 2026

Après un net recul en février 2026, l'indice des prix des matières premières exportées par les pays de l'UEMOA a retrouvé des couleurs en mars. Cette embellie profite surtout à la Côte d'Ivoire et au Sénégal, principaux exportateurs de cacao et d'hydrocarbures. En revanche, le Mali et ses partenaires de l'Alliance des États du Sahel (AES) restent à la traîne, comme le soulignent les chiffres de mai 2026. Leur dépendance à l'or, dont le cours est volatil, ne suffit pas à rattraper le dynamisme des économies côtières.

Le dilemme monétaire de la BCEAO

Face à ces disparités, la décision du Comité de politique monétaire (CPM) de juin 2026 est cruciale. Maintenir un taux directeur inchangé favoriserait la stabilité des prix, mais pénaliserait la compétitivité des pays de l'AES dont l'inflation reste modérée. À l'inverse, une baisse stimulerait l'investissement dans les mines d'or maliennes, mais risquerait d'alimenter des tensions inflationnistes dans les économies plus dynamiques.

L'évolution depuis les réunions précédentes

Lors de la première session ordinaire de 2026, le CPM avait opté pour le statu quo, jugeant les perspectives de croissance suffisantes. Mais les données du premier semestre montrent un net ralentissement au Mali et au Burkina Faso, tandis que la Côte d'Ivoire affiche une croissance à deux chiffres. L'or, qui représente plus de 70 % des exportations maliennes, n'a pas profité d'une reprise durable des cours, malgré un léger rebond en mars.

Entre souveraineté et orthodoxie

La gestion des réserves d'or par la BCEAO reflète un équilibre délicat. D'un côté, l'institution souscrit aux normes du FMI en matière de transparence et de diversification. De l'autre, les États de l'AES réclament une utilisation plus souple de ces réserves pour financer leurs besoins urgents. La décision monétaire de juin illustre cette tension : elle maintient le cap de l'orthodoxie, mais ouvre la porte à des facilités de liquidité pour les banques maliennes.

Les implications pour le Mali

Pour le Mali, la politique monétaire de la BCEAO a des conséquences directes. Un taux directeur élevé renchérit le crédit à la consommation et freine l'investissement minier, alors que le pays cherche à attirer des capitaux étrangers. La production d'or, qui avait augmenté de 8 % en 2025, pourrait stagner si les conditions de financement ne s'améliorent pas. Par ailleurs, la reprise des prix des matières premières en mars n'a pas profité aux sociétés aurifères maliennes, qui subissent des coûts de production élevés.

Une décision scrutée au-delà de la région

La réunion du CPM de juin 2026 a attiré l'attention des investisseurs internationaux. La BCEAO, en tant que dépositaire des réserves d'or ouest-africaines, est perçue comme un baromètre de la stabilité monétaire régionale. Sa décision de maintenir le statu quo rassure les marchés, mais laisse entier le problème du financement des économies sahéliennes. L'or, qui constitue une part croissante des réserves, pourrait à l'avenir servir de levier pour des opérations de swap ou de garantie, une piste explorée par certains gouverneurs.

La décision monétaire de la BCEAO en juin 2026 n'est pas qu'un simple réglage technique. Elle révèle les fractures croissantes au sein de l'UEMOA entre économies côtières dynamiques et États sahéliens minés par l'insécurité et la dépendance aux matières premières. La gestion des réserves d'or, autrefois simple variable d'ajustement, devient un enjeu de souveraineté économique. Reste à savoir si l'institution pourra concilier à long terme stabilité monétaire et rattrapage des inégalités régionales.