Ce vendredi 20 juin 2026, SEN’EAU annonce d’importantes perturbations de la distribution d’eau à Dakar, Thiès et plusieurs localités, après une fuite sur une conduite principale à Tivaouane. L’incident, lié à des travaux d’assainissement, entraîne une réduction de la capacité de production de l’usine de Keur Momar Sarr et du surpresseur de Mékhé. Au-delà de l’urgence réparatrice, cette panne met en lumière la vulnérabilité d’un système hydrique saturé, dans un contexte où l’urbanisation galopante et les investissements régionaux en infrastructures posent la question de la résilience des réseaux existants.

Infographie — Économie · Sénégal

Un réseau sous tension démographique

La fuite survenue à Tivaouane affecte directement le cœur du dispositif d’approvisionnement en eau de la région de Dakar, qui dépend pour l’essentiel de l’usine de Keur Momar Sarr et du surpresseur de Mékhé. Ce schéma centralisé illustre la fragilité d’un système où un seul incident peut paralyser la distribution sur un vaste territoire. Dakar, Thiès, Rufisque et leur banlieue, qui concentrent une part croissante de la population sénégalaise – estimée à plus de 18 millions d’habitants en 2026 –, subissent de plein fouet ces interruptions. La mise en place de camions-citernes, si elle atténue l’urgence, ne résout pas le problème structurel d’un réseau vieillissant et sous-dimensionné.

Des réparations d’urgence aux défis structurels

SEN’EAU impute l’incident à des travaux d’assainissement dans la commune de Tivaouane, révélant un défaut de coordination entre les services de voirie et les gestionnaires de réseaux. Ce type de sinistre, récurrent, témoigne d’un manque de cartographie actualisée du sous-sol et de procédures de chantier insuffisamment rigoureuses. Les équipes techniques déployées en urgence doivent composer avec des équipements souvent obsolètes, tandis que les pertes en eau dues aux fuites – estimées à plus de 30 % dans certains réseaux ouest-africains – réduisent d’autant la capacité de production. L’usine de Keur Momar Sarr, inaugurée en 2006 et plusieurs fois étendue, atteint aujourd’hui ses limites techniques face à une demande en constante augmentation.

L’eau, enjeu de développement régional

Alors que la CEDEAO dévoilait en mai 2026 un « Pacte d’avenir » en six piliers pour consolider l’intégration, l’accès à l’eau potable reste un parent pauvre des priorités régionales. Les investissements dans les infrastructures hydrauliques sont éclipsés par les mégaprojets énergétiques et de transport – comme le port de Lomé, hub logistique ayant traité 30,6 millions de tonnes en 2024, ou le barrage de Souapiti en Guinée, qui forme actuellement une nouvelle génération d’ingénieurs. Pourtant, la sécurité hydrique est un préalable à tout développement durable. Au Sénégal, le Plan Sénégal Émergent (PSE) prévoit bien des extensions de réseaux, mais la maintenance et le renouvellement des conduites vieillissantes peinent à suivre.

Vers une gestion intégrée des ressources hydriques ?

La fuite de Tivaouane intervient dans un contexte de stress hydrique croissant en Afrique de l’Ouest, aggravé par les changements climatiques et l’urbanisation accélérée. Selon la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), qui célébrait en mai 2026 plus de cinquante ans d’engagement régional, le financement des projets d’eau et d’assainissement ne représente qu’une fraction des crédits alloués à l’énergie et aux transports. Pourtant, des initiatives de coopération transfrontalière, comme l’Autorité du bassin de la Volta ou l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), montrent la voie. Le Sénégal, membre de ces structures, pourrait bénéficier d’une approche intégrée reliant barrages, adductions et interconnexions régionales. Mais les progrès restent lents face à la multiplication des besoins immédiats.

Cette fuite à Tivaouane rappelle que la sécurité hydrique demeure un défi structurel au Sénégal comme dans toute l’Afrique de l’Ouest, où les réseaux, souvent hérités de l’époque coloniale, peinent à suivre le rythme de l’urbanisation. Alors que la CEDEAO promeut un « Pacte d’avenir » pour renforcer l’intégration, les infrastructures de base – de l’eau à l’énergie – exigent une attention renouvelée, non seulement dans leur construction mais aussi dans leur gestion quotidienne. Au-delà de la réparation technique, c’est une réflexion sur la gouvernance des services essentiels qui s’impose, dans une région où la résilience des réseaux conditionne la qualité de vie de millions d’habitants.