Le 18 juin 2026, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traore, a reçu l'envoyée spéciale suisse pour le Sahel, Cédrine Beney, dans le cadre d'un dialogue visant à adapter la coopération helvétique avec la Confédération des États du Sahel (AES). Alors que les relations entre l'AES et les institutions financières ouest-africaines restent tendues, cette rencontre pourrait signaler une ouverture diplomatique susceptible d'influer sur la perception du risque dans la région et, par ricochet, sur la politique monétaire de l'UEMOA.
Rencontre Suisse-AES : quelles implications pour la politique monétaire de l'UEMOA ?
Le 18 juin 2026, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traore, a reçu l'envoyée spéciale suisse pour le Sahel, Cédrine Beney. Un dialogue qui pourrait signaler une ouverture diplomatique et influer sur la perception du risque dans la zone UEMOA.
« Business de l'instabilité » alimenté par des acteurs externes
— Karamoko Jean Marie Traore, ministre burkinabè des Affaires étrangères, 18 juin 2026
Objectif : contrer le narratif qui freine les investissements et maintient une prime de risque élevée dans la zone UEMOA.
Déterminant clé de la confiance des investisseurs et de la tenue du franc CFA.
L'insécurité persistante dans les pays AES (dont 2 membres UEMOA) pèse sur les réserves de la BCEAO.
La BCEAO doit maintenir des taux plus élevés pour compenser le risque, freinant le crédit et la croissance.
PIB : 23,1 Md USD · PIB/hab. : 982 USD (Banque mondiale) · Solde budgétaire : -3,5 % du PIB (FMI)
La rencontre Suisse-AES intervient alors que l'AES peine à transformer son ambition politique en force régionale crédible. Une amélioration de la perception sécuritaire pourrait réduire la prime de risque, alléger la pression sur les réserves de change et donner à la BCEAO plus de marge pour assouplir sa politique monétaire. À l'inverse, un statu quo maintiendrait des taux élevés et freinerait l'investissement dans la zone.
Les discussions entre Ouagadougou et Berne interviennent dans un contexte où l'AES peine à transformer son ambition politique en force régionale crédible, comme le soulignait une analyse de mai 2026. Le ministre Traore a insisté sur l'amélioration de la situation sécuritaire au Burkina Faso, dénonçant un « business de l'instabilité » alimenté par des acteurs externes. Cette déclaration vise à contrer le narratif dominant qui freine les investissements et maintient une prime de risque élevée dans la zone UEMOA.
Pour l'Union économique et monétaire ouest-africaine, la stabilité sécuritaire du Sahel est un déterminant clé de la confiance des investisseurs et, in fine, de la tenue du franc CFA. Une dégradation persistante de la sécurité dans les pays membres de l'AES (Burkina Faso, Mali, Niger) – dont deux sont également membres de l'UEMOA – pèse sur les réserves de change et contraint la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à maintenir des taux d'intérêt plus élevés pour défendre la parité.
L'engagement de la Suisse, un acteur financier neutre mais influent, pourrait toutefois amorcer un rééquilibrage. En exprimant le souhait de « mieux comprendre l'évolution de la situation », Berne laisse entrevoir une possible reprise de la coopération bilatérale avec les pays de l'AES, ce qui améliorerait leur notation souveraine. Une telle évidence réduirait le coût du crédit pour les États et les entreprises de la région, et allégerait la pression sur les taux directeurs de la BCEAO.
Cependant, les propos du ministre Traore – critiquant les États qui offrent des plateformes médiatiques aux terroristes – rappellent les divergences géopolitiques entre l'AES et certains partenaires traditionnels de l'UEMOA, notamment la France et la CEDEAO. Ces tensions pourraient compliquer l'harmonisation des politiques économiques au sein de la zone monétaire, surtout si l'AES cherche à créer sa propre monnaie, un projet évoqué à plusieurs reprises.
Sur le plan du crédit, l'amélioration sécuritaire revendiquée par Ouagadougou, si elle se confirme, pourrait débloquer des financements internationaux longtemps suspendus. Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont conditionné une partie de leurs décaissements à des progrès sécuritaires. Un signal suisse en faveur de la stabilité de l'AES encouragerait d'autres bailleurs à suivre, augmentant ainsi la liquidité bancaire dans les pays membres.
Enfin, l'entretien a aussi abordé des projets concrets, comme celui visant la cohabitation pacifique entre éleveurs et agriculteurs. Ce type d'initiative, bien que micro-économique, contribue à réduire les tensions locales qui nourrissent l'insécurité. À terme, une pacification durable permettrait de diminuer les dépenses militaires et de réorienter les budgets publics vers des investissements productifs, soutenant la croissance et stabilisant le franc CFA.
Cette rencontre illustre une tendance plus large : la communauté internationale cherche de nouveaux canaux de dialogue avec l'AES, contournant les cadres traditionnels de l'UEMOA et de la CEDEAO. L'impact sur la politique monétaire de la zone sera fonction de la capacité des États sahéliens à transformer ces ouvertures diplomatiques en améliorations tangibles de la sécurité et du climat des affaires.