Le 20 juin 2026 à Bamako, les ministres des Affaires étrangères du Burkina Faso, du Mali et du Niger ont adopté une feuille de route diplomatique pour la deuxième année de la Confédération des États du Sahel (AES). Cette coordination renforcée, qui vise notamment l'Assemblée générale de l'ONU en septembre, s'inscrit dans un contexte de tensions sécuritaires persistantes et de remise en question des alliances régionales. Elle soulève des interrogations sur l'avenir monétaire des trois pays, toujours membres de l'UEMOA et du franc CFA, alors que la pression sur leurs finances publiques s'accentue (le Niger a présenté fin 2025 des chiffres provisoires de dette en hausse).

Infographie — AES · Géopolitique monétaire

Une ambition diplomatique qui dépasse le seul registre sécuritaire

La réunion du 20 juin 2026 marque un tournant dans la stratégie d'affirmation de l'AES sur la scène internationale. Les trois axes retenus – renforcement de la coordination diplomatique, harmonisation des positions dans les instances internationales et diversification des partenariats – traduisent une volonté de sortir de l'isolement relatif qui a suivi le départ de la CEDEAO. Mais au-delà de la sécurité et de la souveraineté politique, c'est le volet monétaire qui concentre les attentions des analystes économiques.

Le spectre d'une monnaie commune plane sur le franc CFA

Depuis la création de l'AES en 2023, l'idée d'une monnaie commune circule régulièrement. Les trois États partagent un même rejet du franc CFA, perçu comme un vestige de la colonisation, et ont évoqué la possibilité d'émettre leur propre devise. La feuille de route diplomatique, en prévoyant une carte diplomatique confédérale et des positions communes à l'ONU, pourrait faciliter les négociations avec des partenaires financiers (Chine, Turquie, Russie) pour soutenir une transition monétaire. Cette perspective, si elle se concrétisait, aurait des répercussions directes sur la politique monétaire de l'UEMOA et la stabilité du franc CFA.

Des marges de manœuvre budgétaires sous tension

Le contexte budgétaire des trois pays ajoute une urgence à ces réflexions. Le Niger a présenté fin 2025 des chiffres provisoires de dette en hausse, tandis que le Mali et le Burkina Faso font face à des dépenses sécuritaires croissantes. Une sortie de l'UEMOA priverait ces États du mécanisme de refinancement de la BCEAO et de la garantie de change du Trésor français – un choc potentiel pour leur crédit souverain. À l'inverse, rester dans le franc CFA tout en affichant une défiance diplomatique accrue pourrait fragiliser la confiance des investisseurs, déjà échaudés par l'instabilité régionale.

Quels scénarios pour la BCEAO et les taux d'intérêt ?

La BCEAO, qui supervise la politique monétaire de l'UEMOA, se trouve dans une position délicate. Si les trois pays de l'AES accélèrent leur coordination sur le plan monétaire, la banque centrale pourrait être contrainte de réviser ses anticipations de liquidité et de risque. Une hausse des primes de risque sur la dette des trois États aurait un effet contagion sur les taux d'intérêt de la zone : les établissements bancaires pourraient resserrer leurs conditions de crédit, notamment au Mali, au Burkina Faso et au Niger, mais aussi dans les autres pays de l'UEMOA, par crainte d'une dislocation monétaire.

Une intégration régionale en trompe-l'œil ?

Le communiqué final insiste sur la « diversification des partenariats extérieurs », ce qui inclut potentiellement des accords de financement alternatifs au dispositif actuel. La Chine et la Russie, déjà présentes dans le secteur extractif, pourraient offrir des lignes de crédit en devises pour contourner le franc CFA. Mais ces soutiens sont souvent assortis de conditions politiques ou de garanties sur les ressources naturelles. La feuille de route ne tranche pas encore, mais elle ouvre la voie à une recomposition des équilibres monétaires en Afrique de l'Ouest.

Entre souveraineté et pragmatisme financier

En choisissant de coordonner leur diplomatie avant de formaliser une rupture monétaire, les dirigeants de l'AES font le pari d'une stratégie progressive. Ils misent sur un rapport de force renforcé dans les instances internationales (ONU, FMI) pour obtenir des conditions de sortie moins coûteuses, tout en ménageant les partenaires actuels. Ce double jeu diplomatique pourrait, à court terme, maintenir une relative stabilité du franc CFA, mais il accroît l'incertitude pour les acteurs économiques de la région.

Un précédent lourd d'enseignements

L'histoire récente de la zone franc montre que les ruptures monétaires, comme celle de la Guinée en 1960 ou du Mali en 1962, ont provoqué des dévaluations brutales et une inflation galopante. Les États de l'AES semblent vouloir éviter cet écueil en préparant le terrain diplomatique. Mais la dynamique enclenchée le 20 juin 2026 pourrait rendre la sortie inéluctable à moyen terme, posant la question de l'avenir même de l'UEMOA.

La feuille de route diplomatique du 20 juin 2026 est d'abord un outil de souveraineté politique, mais ses ramifications monétaires en font un signal fort pour la zone franc. Alors que la préparation de l'Assemblée générale de l'ONU en septembre approche, les investisseurs et les autorités monétaires de la région devront intégrer la possibilité d'une recomposition accélérée des alliances financières. L'équilibre entre souveraineté et stabilité monétaire n'a jamais été aussi précaire au Sahel.