Le rapprochement entre l'Union africaine et l'Alliance des États du Sahel (AES) pose des questions inédites pour la politique monétaire de l'UEMOA. Alors que l'AES affirme sa souveraineté politique et sécuritaire, l'avenir du franc CFA et des mécanismes régionaux de crédit se trouve potentiellement remis en cause. Cette dynamique s'inscrit dans une recomposition plus large des alliances stratégiques en Afrique de l'Ouest.
L'annonce des discussions entre l'UA et l'AES, relayée par le président Ndayishimiye, dépasse le seul cadre sécuritaire. Si le Sahel et la lutte antiterroriste sont les moteurs immédiats de ce dialogue, la volonté affichée de bâtir un « avenir commun » interroge la cohérence des architectures régionales – y compris monétaires. L'AES, en se positionnant comme un bloc autonome, remet en question l'adhésion implicite de ses membres à l'Union monétaire ouest-africaine.
La question monétaire est d'autant plus sensible que l'AES a clairement affiché une prise de distance vis-à-vis de ses partenaires traditionnels, notamment la France, garante historique du franc CFA. Dans ce contexte, la perspective d'une coordination renforcée entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger pourrait conduire à des discussions sur une monnaie commune, alternative au CFA. Un tel projet, s'il se concrétisait, aurait des implications profondes sur la stabilité des taux d'intérêt et les conditions de crédit dans la région.
Pour l'UEMOA, la fragmentation potentielle représenterait un choc majeur. La Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) verrait son assise territoriale réduite et la crédibilité de sa politique monétaire mise à l'épreuve. Des tensions sur les taux d'intérêt pourraient apparaître, reflétant un risque de défaut perçu plus élevé pour les États restants. De plus, l'intégration financière déjà imparfaite de la zone serait compromise, affectant la circulation des capitaux et le financement des économies.
L'UA, en cherchant à intégrer l'AES dans un cadre continental, tente de prévenir cette fragmentation. Mais le dilemme est réel : comment concilier la souveraineté affirmée des États sahéliens avec la logique d'intégration supranationale de l'UEMOA ? Le rapport préparé par le président Ndayishimiye devra aborder de front ces enjeux, en proposant des mécanismes de flexibilité qui préservent à la fois la stabilité monétaire et l'autonomie politique de l'AES.
Le rapprochement UA-AES révèle une tendance lourde : l'émergence de blocs régionaux qui redéfinissent les allégeances et les architectures de gouvernance en Afrique. Au-delà de la sécurité, c'est la question monétaire qui pourrait devenir le prochain terrain de recomposition. L'UEMOA et la BCEAO sont désormais confrontées à un défi existentiel : s'adapter ou voir leur périmètre se réduire.