En deux semaines, la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a injecté 1 300 milliards FCFA sur le marché monétaire, une réponse à des besoins de trésorerie soutenus des banques. Parallèlement, l'institut a mis en production Systac 2, une nouvelle infrastructure de compensation électronique. Cette double manœuvre, à quelques mois des échéances de la CEMAC, révèle une stratégie de modernisation et de soutien au système bancaire, dans un contexte où l'inflation et la liquidité restent des défis.
Modernisation monétaire à l'épreuve de la liquidité bancaire
En deux semaines, la BEAC a injecté 1 300 milliards FCFA sur le marché monétaire, tout en mettant en production Systac 2, sa nouvelle infrastructure de compensation électronique.
Tension sur les taux
Double manœuvre stratégique
Les banques ont accepté un taux moyen de 4,91 % lors de l'adjudication du 11 août, bien au-dessus du plancher de 4,50 %. Cette pression sur la liquidité s'inscrit dans un environnement où l'inflation et les besoins de financement restent des défis majeurs pour la CEMAC.
La BEAC a marqué le mois d'août 2026 par une action énergique sur le marché monétaire. Après une adjudication de 600 milliards FCFA le 11 août, l'institut d'émission a lancé le 18 août un nouvel appel d'offres de 700 milliards FCFA, portant le total injecté à 1 300 milliards en deux semaines. Ce rythme soutenu s'explique par une demande record : le 11 août, les banques avaient soumissionné pour 746,1 milliards, soit un taux de souscription de 124,35 %, avec 14 participants. Les établissements ont accepté un taux moyen de 4,91 %, bien au-dessus du taux plancher de 4,50 %, signe d'une tension réelle sur la trésorerie.
Cette pression sur la liquidité se reflète également sur le marché interbancaire, où le taux s'établissait à 6,36 % le 11 août, soit près de deux points au-dessus du taux directeur de la BEAC, maintenu à 4,50 %. Un écart qui pousse les banques à se tourner massivement vers la banque centrale, plutôt que vers leurs consœurs, pour se refinancer. La BEAC, en relevant son offre de 100 milliards FCFA (16,7 %), semble ajuster son pilotage au plus près de la demande réelle, privilégiant une action sur les volumes plutôt que sur le prix de l'argent.
Cette stratégie intervient dans un contexte où la BEAC modernise en parallèle son infrastructure de paiement. Le 3 août, Systac 2, nouvelle plateforme de compensation électronique, a été mise en production dans les six pays de la CEMAC. Développée avec ProgressSoft, elle permet le traitement des virements, prélèvements, paiements de masse et chèques, et intègre un dispositif de gestion des litiges. Au total, 71 participants, dont 59 banques, ont migré vers ce système unifié, qui remplace l'ancienne infrastructure pour harmoniser les processus et améliorer le suivi des opérations. Systac 2 s'appuie sur la norme ISO 20022, standard international qui facilite l'interopérabilité.
L'adoption de cette norme est un signal fort pour l'intégration régionale et les échanges avec l'extérieur. Elle prépare le terrain pour une future plateforme de paiements instantanés interopérables, déjà en préparation. Cette modernisation s'inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l'Ouest, où la BCEAO a récemment accordé un délai supplémentaire aux banques pour se raccorder à une plateforme similaire, montrant que la digitalisation des paiements est devenue un enjeu central pour les banques centrales de la zone franc.
La BEAC, en agissant sur la liquidité et l'infrastructure, tente de répondre à des défis structurels. Les banques de la CEMAC, confrontées à des besoins de trésorerie soutenus, pourraient bénéficier d'un système de paiement plus efficace, réduisant les coûts de transaction et les délais. Cependant, l'écart entre le taux directeur et le taux interbancaire suggère des frictions persistantes dans la transmission de la politique monétaire, un problème récurrent dans la sous-région.
Cette double action de la BEAC rappelle les recommandations de la Banque africaine de développement (BAD), qui préconise une mobilisation accrue de l'épargne de la diaspora pour renforcer les réserves. La modernisation des paiements pourrait faciliter ces flux, mais elle ne résout pas à elle seule les déséquilibres structurels. L'inflation, bien que non précisée ici, demeure une préoccupation, et la BEAC devra trouver un équilibre entre soutien à la croissance et stabilité des prix.
La BEAC, en conjuguant injections massives de liquidités et modernisation de son infrastructure, esquisse une stratégie de consolidation du système financier de la CEMAC. Mais cette approche soulève des questions sur la capacité de la banque centrale à maîtriser les tensions inflationnistes tout en soutenant l'activité. À l'heure où la zone UEMOA accélère également sa digitalisation, la convergence des politiques monétaires des deux zones franc devient un enjeu clé pour l'intégration économique régionale.