TotalEnergies EP Gabon a vu son bénéfice net bondir de 105% au premier trimestre 2026, grâce à un effet de prix exceptionnel. Dans le même temps, le Cameroun creuse son déficit commercial, seul pays de la CEMAC à connaître cette détérioration. Ces trajectoires divergentes éclairent les pressions qui s'exercent sur les politiques monétaires des unions CFA, entre gestion des réserves et stabilisation des changes.

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La filiale gabonaise de TotalEnergies a réalisé un tour de force au premier trimestre 2026 : malgré une baisse de 4% de sa production, à 16 100 barils par jour, son résultat net a doublé pour atteindre 45 millions de dollars. Ce bond s'explique par un prix de vente moyen de 93,5 dollars le baril, soit 24% de plus que le Brent de référence (81,1 dollars). La société a su capter l'envolée des cours en mars, liée aux tensions au Moyen-Orient, grâce à un calendrier d'enlèvements optimisé. Cette performance montre comment un producteur peut transformer la volatilité en opportunité, mais elle révèle aussi une fragilité : la dépendance à un timing parfait.

À l'opposé, le Cameroun illustre les risques de la non-diversification. Selon les projections de la BEAC, le déficit commercial du pays devrait atteindre 1 269,6 milliards de FCFA en 2026, contre 593,1 milliards en 2024. Les exportations reculent (-9,6% prévus en 2026) tandis que les importations progressent (+1,2%). Le Cameroun devient ainsi le seul pays de la CEMAC à présenter un solde négatif, alors que ses voisins pétroliers (Gabon, Congo, Guinée équatoriale) conservent des excédents confortables.

Ces dynamiques contrastées interviennent dans un contexte de resserrement monétaire régional. En juillet 2025, la BCEAO a renforcé le contrôle des transferts de fonds entre l'UEMOA et l'étranger, une mesure visant à protéger les réserves de change. Bien que cette décision concerne l'Afrique de l'Ouest, elle reflète une préoccupation commune aux unions CFA : la gestion des flux de capitaux face à la volatilité des matières premières. En CEMAC, la BEAC doit composer avec des situations nationales hétérogènes, les excédents du Gabon et du Congo compensant à peine les difficultés camerounaises.

Les récents résultats de la BCEAO, qui affiche un bénéfice en repli de 14% pour 2025, confirment que même les banques centrales ne sont pas à l'abri des chocs exogènes. La baisse des taux d'intérêt et la réduction des placements ont pesé sur ses revenus, tandis que la hausse des prix du pétrole gonfle les recettes des États producteurs mais complique la politique monétaire en alimentant l'inflation importée.

Le projet nucléaire russe de Koursk-2, qui pourrait fournir de l'électricité à bas coût, ajoute une couche d'incertitude. Si les prix de l'énergie baissent à terme, les pays importateurs comme le Cameroun en bénéficieraient, mais les producteurs de pétrole verraient leurs marges se réduire. Pour les banques centrales, l'enjeu est de maintenir la stabilité des prix et des changes dans un environnement où les termes de l'échange évoluent rapidement.

Enfin, la politique de subvention des carburants en Côte d'Ivoire, qui a conduit à un réajustement en mai 2026, montre que les gouvernements peinent à isoler leurs économies des fluctuations pétrolières. Le coût budgétaire dépasse 100 milliards de FCFA, rappelant que la manne pétrolière est aussi une épée de Damoclès.

La volatilité des cours du pétrole expose les fractures structurelles des économies africaines. Entre les producteurs qui surfent sur les prix et les importateurs qui s'enfoncent dans le déficit, les banques centrales des unions CFA sont prises en tenaille. Leur capacité à coordonner les politiques monétaires et à anticiper les chocs sera déterminante pour préserver la stabilité macroéconomique, dans un contexte où les chocs externes se multiplient.