La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) publie chaque trimestre un indicateur composite qui permet d'anticiper l'évolution du PIB régional sans attendre les comptes nationaux. Au premier trimestre 2026, cet outil affiche une croissance de 4,9 % pour l'ensemble de la CEMAC, tirée par le Cameroun, le Congo et le Tchad. Mais ce tableau global cache des disparités persistantes, notamment en Guinée équatoriale, seule contribution négative, et des tensions sur le marché des titres publics qui annoncent des défis de financement pour 2026.
Croissance CEMAC : le thermomètre BEAC
Indicateur composite trimestriel • PIB quasi-temps réel
Contribution par pays (en points de %)
Seule contribution négative de la zone
L’indicateur monte en puissance
🔍 À surveiller
Guinée équatoriale — production pétrolière en baisse, projets gaziers retardés. Seul pays à contribution négative.
Tensions marché titres publics — défis de financement attendus pour 2026 dans la zone CEMAC.
Sources : BEAC – indicateur composite temps réel (2024-2026) • Données vérifiées Cauris.
Méthode : production industrielle, consommation d’énergie, trafic portuaire, collecte fiscale.
Un thermomètre conjoncturel qui gagne en fiabilité
Lancé en 2024, l'indicateur de croissance en temps réel de la BEAC s'impose progressivement comme un outil de pilotage incontournable pour les décideurs de la sous-région. En compilant données mensuelles de production industrielle, consommation d'énergie, trafic portuaire et collecte fiscale, il offre une vision plus réactive que les comptes nationaux, souvent publiés avec un décalage de douze à dix-huit mois. Au premier trimestre 2026, l'indicateur pointe une accélération à 4,9 %, contre 4,2 % estimé pour l'ensemble de 2025. Le Cameroun, le Congo et le Tchad contribuent chacun pour plus d'un point, soutenus par la reprise des cours du pétrole et une demande intérieure résiliente.
Guinée équatoriale : le maillon faible qui se redresse
Seul pays à afficher une contribution négative sur la période, la Guinée équatoriale subit encore les contrecoups de la baisse de sa production pétrolière et des retards dans ses projets gaziers. Le taux d'inflation projeté à 4,1 % en moyenne annuelle pour 2026 dépasse la norme communautaire de 3 %, et le crédit reste cher : le taux effectif global atteint 17,44 % au premier trimestre, le deuxième plus élevé de la zone après le Gabon. Pourtant, les prévisions de la BEAC suggèrent un retournement dès le deuxième trimestre 2026, avec une contribution positive attendue de 0,4 point. Ce rebond serait porté par l'amélioration des termes de l'échange et l'accélération des projets de GNL et GPL, dont Malabo fait partie des quatre pays moteurs identifiés par la banque centrale, aux côtés du Cameroun, du Congo et du Gabon.
Le Congo confirme son dynamisme sur le marché des titres, mais à quel prix ?
Parallèlement, le marché des valeurs du Trésor de la CEMAC a confirmé son dynamisme entre mars 2025 et mars 2026, porté notamment par les émissions congolaises. Le Congo s'est imposé comme le deuxième émetteur d'Obligations du Trésor Assimilables (OTA) de la sous-région, avec 807,1 milliards FCFA levés sur la période, derrière le Gabon. Sur le compartiment des Bons du Trésor Assimilables, le pays a également mobilisé 699,5 milliards sur la maturité à 13 semaines, la plus importante de la zone sur ce segment. Cette activité soutenue a toutefois un coût : le rendement moyen pondéré des OTA s'est établi à 9,64 % pour l'ensemble de la CEMAC, contre 9,16 % un an plus tôt. Les courbes de taux situent le Congo au-dessus de 11 % sur les maturités longues, un niveau supérieur à celui du Gabon et du Cameroun.
Un paradoxe entre marchés international et régional
La Banque des États de l'Afrique Centrale cite pourtant de manière explicite le succès des émissions d'Eurobonds camerounais et congolais parmi les facteurs ayant permis la consolidation des réserves de change depuis décembre 2025. Le Congo a donc démontré sa capacité à mobiliser des financements extérieurs dans de bonnes conditions, un signal positif pour sa signature souveraine. Mais cette confiance des marchés internationaux ne se retrouve pas à l'identique sur le marché régional des titres publics, où les investisseurs continuent d'exiger une prime de rendement plus élevée. Plusieurs facteurs expliquent cet écart : la structure de la demande domestique, la liquidité encore inégale du marché secondaire de la CEMAC, et les arbitrages propres aux Spécialistes en Valeurs du Trésor, qui concentrent 64,7 % de l'encours total des titres publics de la zone. Pour Brazzaville, l'enjeu des prochains trimestres sera de transformer la confiance affichée sur le marché international en conditions de financement plus favorables sur le marché régional, afin de réduire le coût de sa dette et d'allonger sa maturité.
Ces deux éclairages — l'indicateur de croissance en temps réel et la dynamique contrastée du marché de la dette — illustrent les défis de la coordination monétaire et budgétaire au sein de la CEMAC. Alors que la BEAC affine ses outils de pilotage conjoncturel, les écarts de performance entre pays et les tensions sur les taux d'intérêt rappellent que la convergence économique reste un chantier inachevé. La capacité de la sous-région à harmoniser ses marchés financiers et à réduire les primes de risque domestiques sera déterminante pour soutenir l'investissement et la diversification économique dans les années à venir.