Le 26 mai 2026, à Lomé, la 3e édition du Forum Biashara Africa a réaffirmé que la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) ne portera ses fruits qu'avec une implication résolue du secteur privé. Face aux lenteurs de l'intégration régionale, les discours officiels mettent désormais l'accent sur les outils numériques et la réduction des barrières non tarifaires. Un signal fort dans un contexte où la CEDEAO tente de relancer sa dynamique d'intégration.
Zlecaf : le secteur privé, clé de l’intégration ouest-africaine
Face aux barrières persistantes, les outils numériques deviennent l’accélérateur des échanges. Le secrétaire général Wamkele Mene appelle à une « participation active » des entreprises.
« Sans participation active des entreprises pour connecter les marchés, les progrès de l’Accord resteront limités. »
— Wamkele Mene, secrétaire général du Secrétariat de la Zlecaf
Déclaration du 26 mai 2026, Forum Biashara Africa, Lomé
Les 4 leviers numériques pour fluidifier les échanges
Corridors numériques pilotes (Zlecaf · CEDEAO)
⚡ Expérimentations en cours — déploiement effectif attendu d’ici fin 2026
Contexte pays hôte · Togo (Lomé)
Potentiel du marché unique africain
C’est le volume d’échanges intra-africains potentiel si les barrières non tarifaires sont levées et le secteur privé pleinement mobilisé.
Le discours prononcé par le secrétaire général du Secrétariat de la Zlecaf, Wamkele Mene, lors du Forum Biashara Africa à Lomé marque un tournant dans la stratégie de mise en œuvre de l'accord continental. Selon un communiqué de la CEDEAO du 26 mai, Mene a souligné que sans une « participation active » des entreprises pour connecter les marchés, les progrès de l'Accord resteront limités. Cette déclaration, relayée par plusieurs médias dont allAfrica et dakar92, met en lumière un constat partagé par de nombreux observateurs : les gouvernements seuls ne peuvent réaliser l'intégration économique.
**Le numérique comme accélérateur**
Mene a notamment insisté sur le rôle des outils de commerce numérique : systèmes de paiement électroniques, mécanismes de signalement des barrières non tarifaires et certificat d'origine électronique. Ces instruments, déjà expérimentés dans certains corridors, visent à fluidifier les échanges et à réduire les coûts de transaction. Mais leur déploiement effectif reste inégal selon les pays membres, et leur adoption par les PME africaines, qui constituent l'essentiel du tissu économique, exige un accompagnement technique et financier soutenu.
**Le plaidoyer du Togo pour une action rapide**
Le président du Conseil des ministres du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, a renchéri en appelant à une action immédiate pour réduire les coûts de transport et démanteler les barrières non tarifaires. Cette prise de position n'est pas anodine de la part d'un pays qui a fait du commerce numérique une priorité, avec la construction de corridors logistiques et la promotion de centres de données. Le Togo, hub portuaire majeur, voit dans la Zlecaf une opportunité de renforcer sa position régionale, à condition que les obstacles administratifs et infrastructurels soient levés.
**Les défis structurels de l'intégration ouest-africaine**
Les discussions ont également porté sur l'harmonisation des normes, le financement du commerce et l'intégration des petits exploitants agricoles dans les chaînes de valeur régionales. Ces thèmes récurrents témoignent des freins structurels qui persistent malgré des décennies d'efforts d'intégration. Le récent « Pacte d'avenir » de la CEDEAO, dévoilé en six piliers, montre une volonté de consolider l'unité régionale, mais les avancées concrètes se heurtent souvent aux intérêts nationaux et aux capacités limitées des administrations.
**Une fenêtre d'opportunité à saisir**
Le Forum Biashara Africa intervient dans un contexte où le continent accuse un déficit d'infrastructures de 118 milliards de dollars selon le dernier rapport de l'Infrastructure Consortium for Africa. Dans cette perspective, le rôle du secteur privé devient crucial, non seulement comme moteur des échanges, mais aussi comme investisseur dans les infrastructures logistiques et numériques. Les outils numériques, s'ils sont correctement déployés, pourraient permettre de sauter certaines étapes, comme le font les services financiers mobiles dans d'autres secteurs.
**Un équilibre délicat**
Cependant, l'accent mis sur le secteur privé ne doit pas occulter la nécessité d'un cadre réglementaire robuste et d'une volonté politique constante. La Zlecaf est un instrument de souveraineté économique, comme l'a rappelé Gnassingbé, mais cette souveraineté ne peut se construire sans une coordination régionale et une redistribution équitable des bénéfices. Les prochains mois seront décisifs pour voir si les déclarations de Lomé se traduisent en actions concrètes, notamment dans les domaines de l'agriculture et de la sécurité alimentaire, où la région est encore vulnérable.
Le Forum de Lomé a remis le secteur privé au centre du processus d'intégration, une évolution nécessaire mais non suffisante. Alors que la CEDEAO cherche à redynamiser son projet régional, la question demeure : les États membres accepteront-ils de transférer une partie de leur souveraineté commerciale au bénéfice d'une intégration véritable, portée par des entreprises capables de connecter des marchés longtemps fragmentés ? La réponse se jouera dans la mise en œuvre concrète des outils numériques et la réduction des barrières non tarifaires.