Le 20 mai 2026, le groupe Ecobank et le secrétariat de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) ont signé un protocole d'accord à Lomé, lors du forum Biashara Afrika 2026. Cette alliance stratégique s'appuie sur un engagement récent de 3 milliards de dollars américains annoncé par Ecobank pour le financement du commerce sur le continent. Elle intervient dans un contexte où le déficit de financement du commerce en Afrique, estimé à plus de 80 milliards de dollars par la Banque africaine de développement, freine l'essor des échanges intra-régionaux.

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Des objectifs alignés sur les priorités de la ZLECAf

Le mémorandum signé à Lomé prévoit un renforcement des capacités des petites et moyennes entreprises (PME), des entreprises dirigées par des femmes et des jeunes entrepreneurs. Ecobank mobilisera son programme Ellevate, dédié à l'entrepreneuriat féminin, pour offrir des solutions de financement et des formations adaptées. Ce volet répond directement à l'un des mandats de la ZLECAf : faire du commerce un levier d'inclusion économique. Par ailleurs, les deux partenaires entendent développer une plateforme continentale de mise en relation des acteurs du commerce, afin de réduire les asymétries d'information qui pénalisent les opérateurs africains.

Un engagement de 3 milliards USD comme moteur

Ce protocole d'accord concrétise l'annonce faite par Ecobank lors de l'Africa Forward Summit à Nairobi, où la banque avait dévoilé une enveloppe de 3 milliards de dollars à déployer sur trois ans avec le concours d'institutions de financement du développement (IFD). L'accord avec la ZLECAf offre un cadre pour orienter ces fonds vers des projets structurants : infrastructures commerciales, logistique transfrontalière et financement des chaînes de valeur régionales. Pour les PME ouest-africaines, souvent exclues du crédit commercial, cette injection de liquidités pourrait assouplir les contraintes de trésorerie liées aux délais de paiement.

Un plaidoyer pour lever les barrières non tarifaires

L'une des clauses clés du partenariat concerne le plaidoyer conjoint auprès des régulateurs pour éliminer les obstacles non tarifaires et fluidifier les paiements transfrontaliers. Si la ZLECAf a déjà supprimé les droits de douane sur 90 % des produits, les barrières réglementaires et les coûts de change demeurent un frein majeur. Ecobank, présent dans 35 pays africains, apporte un réseau susceptible d'harmoniser les pratiques de financement du commerce à l'échelle du continent. Cette initiative s'inscrit dans un mouvement plus large observé en Afrique de l'Ouest, où d'autres banques régionales comme la BSIC multiplient les réunions stratégiques pour accélérer l'intégration financière.

Un contexte régional porteur

Cette annonce survient alors que plusieurs projets d'intégration économique gagnent en maturité en Afrique de l'Ouest. Le programme de résilience du système alimentaire (FSRP) déploie au Sénégal une enveloppe de 130 milliards FCFA, tandis que des entreprises technologiques ivoiriennes comme Kaydan Technology se préparent à entrer en Bourse via la BRVM. Ces initiatives parallèles témoignent d'une dynamique où le secteur privé et les institutions régionales cherchent à coordonner leurs efforts. Le partenariat Ecobank-ZLECAf apparaît ainsi comme un accélérateur potentiel de cette convergence, en reliant le financement bancaire à l'agenda continental d'intégration des marchés.

L'accord entre Ecobank et la ZLECAf illustre une tendance de fond : le secteur bancaire panafricain s'aligne sur les objectifs de l'Union africaine pour combler le déficit de financement du commerce. Toutefois, la réussite de ce partenariat dépendra de sa capacité à atteindre les PME des filières agricoles et manufacturières, où les besoins sont les plus criants. Dans un environnement marqué par la volatilité des monnaies et la fragmentation réglementaire, la mise en œuvre opérationnelle de cette plateforme commerciale constituera un test décisif pour l'intégration économique ouest-africaine.