Plus de 39,6 milliards de francs CFA de revenus miniers pour la région de Saint-Louis en 2024, portés par le démarrage du gaz de Grand Tortue Ahmeyim. Pour la première fois, l'ITIE a organisé un forum communautaire en wolof, visant à rapprocher les données du secteur extractif des populations locales, alors que le Sénégal prépare sa troisième validation internationale et que le gouvernement accélère la valorisation des ressources.

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Le 12 juin 2026, à Saint-Louis, l'Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) a tenu un forum communautaire inédit : les échanges se sont déroulés en wolof, rompant avec le jargon technique des rapports officiels. Cette initiative s'inscrit dans le cadre de la troisième validation du Sénégal par l'ITIE internationale, obtenue avec une note de 8 sur 100, un score qui reflète à la fois les progrès accomplis et les lacunes persistantes en matière de diffusion des informations auprès des communautés locales.

Organisé en partenariat avec l'organisation CAJUST, le forum a réuni pêcheurs, autorités locales et organisations de la société civile. Thialy Faye, président du Comité national ITIE, a souligné l'importance d'écouter les préoccupations des communautés souvent exclues des instances de décision régionales. « Ici, à Saint-Louis, on parle Wolof », a-t-il rappelé, en réponse à une demande formulée lors du Comité régional de développement présidé par le gouverneur Al Hassan Sall. Des vidéos en langues locales sont également produites, adaptant la communication à chaque territoire.

La région de Saint-Louis a perçu 39,6 milliards de francs CFA de revenus miniers en 2024, un montant historique largement attribuable au démarrage de la production de gaz naturel liquéfié sur le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), dont la première cargaison a été exportée le 17 avril 2025. Ce chiffre, extrait du rapport ITIE 2024, constitue un levier potentiel de développement local, mais aussi un enjeu de gestion et de redistribution dans une zone où la pêche artisanale demeure le principal moyen de subsistance.

Cette initiative de transparence intervient dans un contexte politique marqué par une volonté affichée d'accélérer la valorisation des ressources extractives. Le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko, avait annoncé le 7 mai 2026 une réponse fondée sur l'accélération de l'exploitation des ressources, signalant une priorité gouvernementale. La tenue du forum à Saint-Louis, quelques semaines après cette déclaration, illustre le souci de ne pas laisser les communautés à l'écart du processus, alors que les retombées concrètes du gaz commencent à se matérialiser.

Au-delà du Sénégal, la question de la transparence extractive est devenue centrale dans l'espace CEDEAO. Plusieurs pays de la région, comme le Ghana, la Côte d'Ivoire ou le Niger, tentent de concilier attractivité pour les investisseurs et exigences de redistribution locale. La démarche sénégalaise, en utilisant les langues locales et en allant directement vers les communautés, pourrait servir de modèle à d'autres États confrontés à une défiance croissante vis-à-vis des industries extractives.

Les défis restent nombreux. Les pêcheurs de Saint-Louis, dont les activités sont directement impactées par l'exploitation offshore, attendent des réponses concrètes sur la préservation de leurs moyens d'existence. Le forum a permis de recueillir leurs préoccupations, qui seront documentées et transmises aux autorités. Mais la traduction de ces doléances en politiques publiques reste une étape cruciale, que la prochaine validation ITIE devra évaluer.

L'expérience sénégalaise de transparence extractive en langues locales révèle une tension structurante dans les économies ouest-africaines riches en ressources : la nécessité de concilier exploitation rapide et inclusion des communautés. Alors que le Sénégal s'engage dans sa troisième validation ITIE, le pays teste un modèle de proximité qui pourrait inspirer d'autres nations de la CEDEAO confrontées aux mêmes enjeux de légitimité et de redistribution.