Le Centre de promotion des exportations tunisien (CEPEX) a lancé, en partenariat avec la GIZ, une mission de prospection pour l'huile d'olive tunisienne à destination du Sénégal. Cette initiative, qui s'inscrit dans le cadre du projet « Appui à la ZLECAf » financé par l'Allemagne, vise à créer des partenariats durables entre exportateurs tunisiens et importateurs sénégalais. Au-delà du seul produit, elle révèle une stratégie d'ancrage nord-africain en Afrique de l'Ouest et un test des mécanismes de la Zone de libre-échange continentale africaine.
L’huile d’olive tunisienne en mission de prospection
Une porte d’entrée vers le marché ouest-africain de 400 millions de consommateurs
Mission de prospection lancée le 27 mai 2026 par le CEPEX et la GIZ. Objectif : créer des partenariats durables entre exportateurs tunisiens et importateurs sénégalais, et tester les mécanismes de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
La dixième édition du Répertoire touristique et culturel du Sénégal, publiée mi-mai, pointait les freins à la promotion du pays à l'international. Mais c'est dans un tout autre secteur que le CEPEX et la GIZ ont choisi d'intervenir : l'huile d'olive. La mission, lancée le 27 mai 2026, a pour objectif d'« affirmer la notoriété et l'authenticité de l'huile d'olive tunisienne auprès des acteurs clés du consommateur sénégalais », selon le communiqué officiel. Menée dans le cadre du projet « Appui à la ZLECAf », elle bénéficie du soutien du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et de la GIZ.
Le choix du Sénégal n'est pas anodin. Avec une croissance économique soutenue (autour de 6 % en 2025) et une classe moyenne en expansion, le pays constitue une porte d'entrée naturelle vers le marché ouest-africain de 400 millions de consommateurs. L'huile d'olive tunisienne, déjà reconnue pour sa qualité en Europe, cherche ici un débouché complémentaire face à une concurrence espagnole et italienne féroce sur les marchés traditionnels. En parallèle, la Côte d'Ivoire et le Ghana – dont le programme FEC avec le FMI vient de s'achever – offrent des perspectives similaires, mais le Sénégal bénéficie d'une stabilité politique et d'une logistique portuaire avantageuse.
Cette mission illustre également la montée en puissance de la coopération triangulaire entre l'Union européenne (via l'Allemagne), l'Afrique du Nord et l'Afrique subsaharienne. En finançant le projet « Appui à la ZLECAf », Berlin soutient l'intégration régionale africaine tout en ouvrant des débouchés pour les entreprises tunisiennes – mais aussi, indirectement, pour les équipementiers et prestataires allemands. Le timing est stratégique : la ZLECAf est en phase de mise en œuvre opérationnelle, avec des règles d'origine harmonisées depuis 2024 et une plateforme numérique de paiement en test. Les premiers flux commerciaux significatifs entre blocs régionaux commencent à se concrétiser.
Pour la Tunisie, l'enjeu est double. D'une part, diversifier ses exportations hors du couple euro-méditerranéen, qui absorbe encore 75 % de ses ventes d'huile d'olive. D'autre part, se positionner comme un hub agroalimentaire en Afrique, en capitalisant sur sa reconnaissance en tant que producteur de qualité. La mission prévoit des rencontres B2B qualifiées avec des importateurs et distributeurs sénégalais, mais aussi un volet culturel pour séduire les consommateurs à fort pouvoir d'achat. Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 8 juin 2026, ce qui laisse présager une première vague d'échanges concrets avant la fin de l'année.
Cependant, des obstacles persistent. Au-delà des barrières tarifaires progressivement levées par la ZLECAf, les obstacles non tarifaires restent nombreux : normes sanitaires divergentes, logistique coûteuse, absence de lignes maritimes directes entre Tunis et Dakar. Le projet « Appui à la ZLECAf » tente précisément de les lever en accompagnant les entreprises dans la conformité et la mise en réseau. Le Sénégal, de son côté, a lancé en 2025 une stratégie nationale de transformation des produits agricoles, dont l'huile d'olive pourrait bénéficier si des partenariats de co-production émergent.
Cette initiative tunisienne s'inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement économique entre Afrique du Nord et Afrique de l'Ouest. Le Maroc, déjà actif au Sénégal via l'Office chérifien des phosphates et les banques, multiplie les missions similaires pour ses produits agroalimentaires. L'Égypte, elle, mise sur les produits pharmaceutiques et les engrais. La compétition pour capter les marchés ouest-africains s'intensifie, avec la ZLECAf comme catalyseur. Le succès de la mission huile d'olive pourrait ainsi servir de test pour d'autres filières et d'autres pays nord-africains.
Au-delà de la vente d'huile d'olive, cette mission révèle les mutations en cours dans les échanges intra-africains. L'Allemagne, via la GIZ, agit comme un facilitateur, tandis que la Tunisie explore de nouveaux corridors commerciaux. Si les obstacles logistiques et réglementaires persistent, la multiplication de ces initiatives bilatérales adossées à la ZLECAf laisse entrevoir une intégration économique plus tangible – mais encore largement à construire.