Alors que le Cameroun ordonne à près de deux cents sociétés d'arrêter leurs activités aurifères illégales, la Mauritanie voit émerger des entreprises locales de services miniers, à l'image de MAURIPE TP qui développe le concassage de granulats pour les grands chantiers. Ces deux dynamiques, a priori opposées, révèlent une même réalité : la filière or en Afrique de l'Ouest attire capitaux et opérateurs, mais bute sur des cadres réglementaires inégalement appliqués. L'évolution récente des investissements dans les infrastructures régionales (barrages, ports, routes) accentue encore la pression sur les ressources minières.
Des infrastructures régionales qui dopent la demande de matériaux
En Mauritanie, le groupe MAURIPE TP illustre une tendance discrète mais significative : la montée en puissance de sous-traitants locaux pour le secteur minier. Spécialisée dans le concassage de granulats, l'entreprise a élargi son activité de la location d'engins à l'exploitation de carrières près de Nouakchott, puis au concassage mobile pour chantiers routiers. Cette évolution s'inscrit dans un contexte régional marqué par des mégaprojets d'infrastructure : le barrage hydroélectrique de Souapiti en Guinée, l'extension du port de Lomé, ou encore les programmes routiers financés par les bailleurs de fonds. Ces chantiers nécessitent des volumes considérables de gravier et de béton, créant des débouchés pour des entreprises locales comme MAURIPE TP.
Le boom aurifère camerounais sous pression
Parallèlement, le Cameroun vient de durcir son arsenal contre l'exploitation illégale de l'or. Le ministère des Mines a sommé près de deux cents sociétés – majoritairement étrangères – de cesser leurs activités dans les régions de l'Est, de l'Adamaoua et du Nord. Selon les estimations du Cadre d'appui et de promotion de l'artisanat minier (CAPAM), une grande partie de la production aurifère nationale échappe aux circuits officiels, transitant par des filières parallèles vers les places de raffinage du Golfe ou d'Asie. Ce manque à gagner pour le Trésor public est considérable, et l'opération en cours vise à reprendre le contrôle d'un secteur gangrené par l'informalité.
Deux modèles, un même enjeu : la gouvernance des ressources
Ces deux exemples, mauritanien et camerounais, dessinent les contours d'une problématique commune à toute l'Afrique de l'Ouest : comment transformer une rente minière en développement durable ? D'un côté, la Mauritanie mise sur des chaînes de valeur locales – via des PME de services – pour capter les retombées des investissements miniers et gaziers. De l'autre, le Cameroun tente de muscler sa régulation pour endiguer des pertes budgétaires massives. Mais dans les deux cas, la faiblesse des capacités institutionnelles et la porosité des frontières compliquent l'équation. Le secteur aurifère régional reste en effet marqué par une forte proportion d'opérateurs informels, y compris dans des pays réputés mieux encadrés comme le Ghana.
Des opportunités à ne pas négliger
Le potentiel est pourtant immense. La demande mondiale d'or – portée par les banques centrales et les marchés asiatiques – soutient des cours élevés. La production ouest-africaine, dominée par le Ghana, le Burkina Faso et le Mali, attire de nouveaux investisseurs. Selon les données 2024 (source : Visual Capitalist), l'Afrique dans son ensemble représente environ un quart de la production mondiale, et cette part pourrait croître avec la mise en exploitation de nouveaux gisements en Côte d'Ivoire, au Sénégal ou en Mauritanie. Mais cette croissance bute sur des obstacles structurels : l'insécurité dans le Sahel, le coût de l'énergie, et surtout la difficulté à aligner les intérêts des multinationales avec ceux des États et des communautés locales.
L'Afrique de l'Ouest se trouve ainsi à la croisée des chemins. La multiplication des projets miniers et des infrastructures connexes crée des opportunités certaines, mais les défaillances de gouvernance menacent de reproduire les schémas d'exploitation prédatrice du passé. La réponse du Cameroun – fermeté administrative – et l'approche mauritanienne – construction de capacités locales – ne sont pas exclusives. Leur combinaison pourrait offrir une piste pour un développement minier mieux maîtrisé, à condition que la coopération régionale permette d'harmoniser les règles et de lutter contre la fraude transfrontalière.