L'ambassadeur de l'Union européenne en Mauritanie, Joaquín Tasso Vilallonga, a souligné la stabilité exceptionnelle du pays dans le Sahel comme un atout clé pour l'investissement. Il a détaillé les axes de coopération, allant de l'énergie à la gestion migratoire, tout en insistant sur la nécessité d'améliorer le climat des affaires. Ce partenariat stratégique révèle comment la Mauritanie se positionne comme un hub régional pour les énergies vertes et un pilier de la sécurité en Afrique de l'Ouest.

L'entretien de Joaquín Tasso Vilallonga avec Financial Afrik met en lumière un paradoxe régional : alors que le Sahel est secoué par l'instabilité, la Mauritanie fait figure d'exception. Le diplomate espagnol insiste sur le fait que Nouakchott a réussi à contenir la menace terroriste, un atout majeur pour attirer les capitaux étrangers. Dans un contexte où les groupes jihadistes étendent leur influence au Mali, au Burkina Faso et au Niger, la stabilité mauritanienne devient un positionnement stratégique pour l'UE, qui cherche à sécuriser ses approvisionnements et à stabiliser son voisinage sud.

Au-delà de la sécurité, l'ambassadeur met en avant la coopération migratoire. La Mauritanie accueille environ 320 000 réfugiés, majoritairement maliens, ce qui représente une pression économique et sociale. Le soutien de l'UE à ces populations, via des programmes dans le camp de Mbera et les villages d'accueil, vise à préserver la stabilité intérieure. Parallèlement, la lutte contre la migration irrégulière est un enjeu de souveraineté partagée, l'UE accompagnant le pays dans le respect des normes. Ce volet humanitaire et sécuritaire conditionne en partie l'attractivité économique.

Le cœur de la coopération réside toutefois dans les énergies renouvelables, avec l'hydrogène vert comme fer de lance. La Mauritanie dispose d'un potentiel solaire et éolien exceptionnel pour produire de l'hydrogène à bas coût, destiné notamment à décarboner la transformation du fer. Ce secteur pourrait attirer des investissements massifs, mais nécessite un cadre réglementaire clair. L'ambassadeur rappelle que les investisseurs réclament « un climat des affaires favorable et une meilleure lisibilité des codes d'investissement ». Un signal fort pour les réformes à venir.

L'infrastructure est un autre pilier, avec le projet d'interconnexion électrique entre la Mauritanie et le Mali. Cette ligne, si elle se concrétise, renforcerait la résilience énergétique de la région et ouvrirait de nouveaux débouchés pour l'électricité mauritanienne. Elle s'inscrit dans une tendance plus large de mutualisation des réseaux en Afrique de l'Ouest, soutenue par la CEDEAO et l'Union africaine. Pour les entreprises ouest-africaines, cela signifie de nouvelles opportunités dans les secteurs de la construction, de la maintenance et des services.

Enfin, la stabilité politique interne est présentée comme un prérequis à tout développement. L'ambassadeur évoque la consolidation de la démocratie comme un facteur de confiance pour les partenaires étrangers. La Mauritanie, à la croisée du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne, devient ainsi un laboratoire pour le partenariat UE-Afrique, alliant sécurité, migration et transition énergétique. Mais les défis persistent, notamment en matière de transparence et de gouvernance, pour transformer cette ambition en réalité économique.

Ce focus sur la Mauritanie illustre une évolution plus large des relations entre l'Union européenne et le Sahel : après des décennies de priorité sécuritaire, l'accent se déplace vers des partenariats économiques structurants, centrés sur l'énergie et les infrastructures. La question qui demeure est de savoir si ces projets bénéficieront réellement aux populations locales et s'ils parviendront à créer un cercle vertueux de développement, hors de la dépendance aux matières premières.