Lors de sa visite à Libreville en juin 2026, le secrétaire général de la ZLECAF, Wamkele Mene, a mis en avant la zone économique spéciale de Nkok comme modèle d'intégration industrielle. Avec 144 entreprises de 16 pays et des exportations passées de 49 à 307 milliards FCFA entre 2018 et 2022, le parc symbolise le potentiel de la transformation locale. Pourtant, ces flux restent massivement orientés vers l'Asie, tandis que les échanges intra-CEEAC plafonnent à 1,57 %. La visite révèle donc un paradoxe : comment faire de Nkok un levier d'intégration régionale alors que son modèle demeure extraverti ?
Un modèle d’intégration… encore extraverti
La zone économique spéciale de Nkok concentre 144 entreprises de 16 pays, mais ses flux commerciaux contournent encore l’Afrique.
Part des exportations de Nkok vers les pays voisins
Les exportations du parc restent massivement orientées vers l’Asie, pas vers l’Afrique.
Chronologie : l’intégration en marche
Le parc concentre 144 entreprises de 16 pays et affiche une croissance fulgurante. Pourtant, les échanges avec le reste de l’Afrique plafonnent à 1,57 %. La ZLECAF veut faire de Nkok un moteur d’intégration régionale, mais son modèle reste tourné vers l’exportation extra-africaine.
Un parc industriel en pleine expansion
Nkok s'impose comme l'un des parcs industriels les plus dynamiques d'Afrique centrale. Rassemblant 144 entreprises issues de 16 pays et opérant dans 70 secteurs, la zone a vu ses exportations bondir de 49 milliards FCFA en 2018 à 307 milliards FCFA en 2022, représentant 40 % des exportations totales du Gabon. Le pays est devenu le premier producteur africain de contreplaqués tropicaux et le deuxième exportateur mondial – une performance rendue possible par la concentration des chaînes de valeur sur un même site.
Cette réussite a valu à Nkok les attentions du secrétariat de la ZLECAF, qui y voit un laboratoire pour l'industrialisation continentale. La visite de juin 2026 n'est pas anodine : elle intervient après des années de négociations sur l'éligibilité des produits de la zone au marché unique africain.
Le long chemin des règles d'origine
L'intégration de Nkok à la ZLECAF n'a pas été instantanée. Ce n'est qu'en mars 2023, après plus d'un an de discussions, que les produits de la zone ont été déclarés conformes aux règles d'origine du traité. La difficulté tenait à la présence majoritaire d'entreprises asiatiques sur la plateforme – un casse-tête pour définir ce qui relève véritablement de la transformation locale. Ce précédent illustre un enjeu central de la ZLECAF : comment concilier l'attractivité des investissements étrangers avec l'objectif d'une industrialisation endogène ?
La résolution de ce contentieux a ouvert la voie à un nouvel enjeu, cette fois commercial. Car si Nkok produit désormais pour le marché continental, ses débouchés demeurent paradoxaux.
Un déséquilibre commercial persistant
Malgré un cadre réglementaire favorable, les exportations de Nkok continuent de se diriger majoritairement vers l'Asie, notamment la Chine et l'Inde. À l'inverse, les échanges intra-régionaux de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) ne représentent que 1,57 % des flux commerciaux de la sous-région. Ce contraste frappant souligne le principal défi de la ZLECAF : passer d'une logique de production pour l'exportation extra-africaine à une logique d'intégration régionale.
Le gouvernement gabonais a sollicité un accompagnement technique du secrétariat de la ZLECAF pour élaborer un calendrier d'actions concret. Parmi les pistes évoquées figure la mise en service d'un poste frontalier à Kye-Ossi, destiné à fluidifier les échanges terrestres avec le Cameroun, premier partenaire régional du Gabon.
Les leçons pour l'intégration africaine
Le cas de Nkok dépasse le seul Gabon. Il montre qu'une zone économique spéciale peut devenir un moteur d'industrialisation, mais que le maillon faible reste la connexion aux marchés voisins. Les infrastructures, la logistique et l'harmonisation des normes demeurent des obstacles structurels. La ZLECAF, en tant qu'instrument, ne peut à elle seule résorber ces goulets d'étranglement.
La visite de Wamkele Mene à Nkok est donc un test grandeur nature pour l'architecture institutionnelle de la libre-échange continentale. Elle pose une question fondamentale : la ZLECAF saura-t-elle transformer des réussites industrielles locales en intégration régionale effective ?
Le chemin parcouru par Nkok – de la négociation des règles d'origine à la recherche de débouchés africains – reflète les avancées et les limites de la ZLECAF. Alors que le continent cherche à diversifier ses partenariats et à réduire sa dépendance aux marchés extra-africains, l'expérience gabonaise offre un miroir grossissant des défis à surmonter. La capacité à faire de zones comme Nkok des ponts plutôt que des enclaves déterminera en grande partie le succès du projet continental.