Le Niger a signé le 15 août un accord de 1,9 milliard de dollars avec le canadien Zimar pour construire une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso. Cet investissement s'inscrit dans une course au raffinage qui transforme l'Afrique de l'Ouest, où la dépendance aux carburants importés reste massive. Alors que la raffinerie Dangote au Nigeria a déjà réduit les importations régionales, les projets se multiplient, du Ghana au Sénégal, redessinant la carte énergétique de la CEDEAO.
Raffinage : le Niger et le Ghana accélèrent, la CEDEAO face à son retard
Le Niger a signé le 15 août un accord de 1,9 milliard de dollars avec le canadien Zimar pour construire une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso. Cet investissement s'inscrit dans une course au raffinage qui transforme l'Afrique de l'Ouest, où la dépendance aux carburants importés reste massive.
Capacités de raffinage comparées
Chronologie du raffinage ouest-africain
Nouveaux flux énergétiques régionaux
Points clés
L'accord signé entre Niamey et le groupe Zimar, en partenariat avec High Tech, prévoit la conception, le financement, la construction, l'exploitation et le transfert de la raffinerie au gouvernement nigérien après seize ans. La construction, qui doit durer trois ans, inclura des pipelines, des installations de stockage et des unités pétrochimiques. Une fois opérationnelle, cette installation sera la troisième plus grande raffinerie d'Afrique de l'Ouest, derrière celle de Dangote (650 000 barils par jour) et celle de Sentuo au Ghana (120 000 barils par jour). Elle multipliera par cinq la capacité de raffinage du Niger, qui ne dispose aujourd'hui que de la raffinerie de Zinder, limitée à 20 000 barils par jour.
Cette décision intervient dans un contexte de transformation profonde du secteur énergétique ouest-africain. La raffinerie Dangote, qui a démarré ses opérations en 2024, a déjà modifié les flux régionaux : en mai 2026, les importations ouest-africaines de produits pétroliers propres ont reculé de 23 % par rapport au mois précédent, selon S&P Global. Mais cette baisse ne reflète qu'une partie du tableau : 69 % des 2,05 millions de tonnes d'essence échangées chaque mois en 2025 étaient encore importées, contre 31 % provenant des raffineries régionales. La capacité nominale des raffineries de la région, hors Dangote, n'atteignait que 620 000 barils par jour, et la plupart fonctionnent en deçà de cette capacité.
Le Niger, pays producteur de pétrole mais dépourvu de débouché maritime direct, cherche à maximiser la valeur ajoutée de sa production. Le 14 août, le navire-citerne Ottoman Sincerity a quitté le terminal de Sèmè-Kpodji au Bénin avec un million de barils de brut nigérien « Meleck », vendu par la Société nigérienne du pétrole (Sonidep) au groupe algérien Sonatrach. Cet accord, signé le 22 juillet, illustre la stratégie de Niamey : sécuriser des débouchés tout en développant ses capacités locales de transformation. Le brut exporté via le Bénin, dans le cadre d'un pipeline récemment mis en service, permet au Niger de contourner son enclavement, mais le pays aspire à exporter des produits raffinés plutôt que du pétrole brut.
Une dynamique régionale portée par le Ghana et le Sénégal
Le Ghana, de son côté, n'est pas en reste. La raffinerie Sentuo, opérationnelle depuis 2024, a une capacité de 120 000 barils par jour, et le pays modernise sa raffinerie de Tema, qui souffrait de sous-investissement chronique. Ces efforts s'inscrivent dans une tendance plus large : le Sénégal, la Côte d'Ivoire et le Nigeria investissent également dans leurs infrastructures de raffinage. L'objectif commun est de réduire une dépendance encore massive aux carburants importés, qui pèse sur les balances commerciales et expose les économies de la région aux chocs des prix internationaux.
Cette course au raffinage intervient alors que la CEDEAO cherche à renforcer son intégration régionale, notamment dans le domaine énergétique. La multiplication des projets de raffinage pourrait favoriser une plus grande autonomie énergétique de la sous-région, mais elle soulève aussi des questions de coordination. Les capacités excédentaires potentielles, une fois toutes les installations opérationnelles, pourraient dépasser la demande régionale, obligeant les pays à trouver des débouchés extérieurs. Par ailleurs, l'accord avec Zimar, qui prévoit un transfert au Niger après seize ans, s'inscrit dans une logique de souveraineté énergétique, mais il repose sur un partenariat public-privé complexe, dont la réussite dépendra de la stabilité politique et de la capacité à attirer les financements internationaux.
La perspective historique éclaire ce mouvement : il y a quelques années, l'Afrique de l'Ouest semblait condamnée à exporter son pétrole brut et à importer ses carburants. La montée en puissance des raffineries régionales, portée par des acteurs privés comme Dangote et des partenariats internationaux, marque un tournant. Mais le chemin reste long : la plupart des raffineries ouest-africaines fonctionnent en deçà de leur capacité, et les infrastructures de transport et de stockage demeurent insuffisantes. Le Niger, avec ce nouvel investissement, affiche une ambition claire, mais il devra surmonter des défis logistiques et financiers considérables pour que ce projet aboutisse.
Le Niger rejoint ainsi un mouvement plus large qui redessine la carte énergétique de l'Afrique de l'Ouest. Au-delà des annonces, la réussite de ces projets dépendra de la capacité des États à créer un environnement favorable aux investissements et à intégrer ces infrastructures dans une stratégie régionale cohérente. La CEDEAO, qui a longtemps pâti d'un déficit de raffinage, pourrait voir émerger un tissu industriel capable de transformer les ressources en richesse locale, mais les obstacles demeurent nombreux, de la disponibilité des financements à la stabilité politique.