Le Niger multiplie les projets pétroliers pour sortir de ses pénuries récurrentes. Le 13 août, les Premiers ministres algérien et nigérien ont lancé les travaux de forage du bloc Kafra Sud-Est 1, aux réserves estimées à 260 millions de barils. Deux jours plus tard, Niamey signait avec le canadien Zimar un accord pour une raffinerie de 100 000 barils par jour, d'un montant de 1,9 milliard de dollars. Ces annonces, qui s'inscrivent dans une stratégie de souveraineté énergétique, interviennent alors que la région ouest-africaine attire investisseurs et partenaires internationaux.

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Le Niger semble vouloir accélérer sa transformation énergétique. Producteur de pétrole depuis 2011 et exportateur de brut depuis janvier 2024, le pays reste pourtant confronté à des pénuries de carburant, symptôme d'un secteur en pleine mutation mais encore fragile. Les deux projets annoncés en cette mi-août 2026 illustrent une double stratégie : renforcer la coopération régionale avec l'Algérie tout en s'ouvrant à de nouveaux partenaires internationaux pour bâtir une infrastructure de raffinage longtemps négligée.

Le projet Kafra Sud-Est 1, mené conjointement par la société nigérienne SIPEX et la filiale de Sonatrach ENAFOR, prévoit des forages pouvant atteindre 3 900 mètres. Les réserves du bloc sont estimées à 260 millions de barils, un volume non négligeable pour un pays dont la production actuelle est modeste. Au-delà des chiffres, c'est la nature du partenariat qui retient l'attention : l'Algérie, déjà engagée dans une coopération électrique et sécuritaire avec le Niger, semble vouloir asseoir son influence dans une région où la France a perdu du terrain. Le Premier ministre algérien, Sifi Ghrieb, a d'ailleurs souligné que ce projet reflète le souci de faire passer les relations bilatérales à une étape de coopération concrète.

Cette dynamique s'inscrit dans un contexte plus large de recomposition des alliances en Afrique de l'Ouest. Alors que la CEDEAO traverse une crise de confiance avec certains de ses membres, le Niger, sous régime militaire, cherche de nouveaux appuis. L'Algérie, de son côté, voit dans le Niger un partenaire stratégique pour ses ambitions énergétiques et sécuritaires. Cette coopération Sud-Sud, qui se matérialise par des projets concrets, pourrait redessiner les équilibres régionaux, comme le montre aussi la multiplication des accords avec des acteurs extra-africains.

Le second volet de la stratégie nigérienne concerne le raffinage. La signature, le 15 août, d'un accord avec le groupe canadien Zimar pour la construction d'une raffinerie de 100 000 barils par jour à Dosso, dans le Sud-ouest, marque une étape décisive. Le montage en Build, Operate and Transfer (BOT) sur 16 ans, dont 3 ans de construction, permet à l'État de conserver la propriété de l'infrastructure à terme, tout en déléguant le financement et l'exploitation à un partenaire privé. Ce modèle, de plus en plus utilisé en Afrique, permet de contourner les contraintes budgétaires tout en attirant des capitaux étrangers.

L'accord, estimé à 1,9 milliard de dollars, devra être concrétisé par un bouclage financier dans les douze mois. Le groupe Zimar, spécialisé dans l'ingénierie pétrolière, devra d'abord mobiliser les financements et finaliser l'ingénierie détaillée dans un délai de quatre mois. Ce calendrier serré reflète la volonté du Niger d'aller vite, mais il comporte des risques : les projets de cette envergure sont souvent sujets à des retards, comme l'a montré la révision du protocole initial signé en octobre 2024. Les modifications apportées aux caractéristiques de la raffinerie suggèrent que les négociations ont été âpres, mais elles montrent aussi que Niamey a su imposer ses exigences.

Cette nouvelle raffinerie vise à résoudre les pénuries récurrentes de carburant, aggravées par la diminution des approvisionnements informels en provenance du Nigeria. En augmentant sa capacité de raffinage, le Niger espère non seulement assurer sa propre consommation, mais aussi exporter des produits raffinés dans la sous-région, renforçant ainsi son rôle géopolitique. Ce projet s'ajoute à d'autres initiatives dans le secteur des hydrocarbures et des minerais stratégiques, comme le montre l'intérêt croissant des investisseurs pour le Sahel.

La ruée vers les ressources énergétiques et minières en Afrique de l'Ouest n'est pas nouvelle, mais elle s'intensifie. Les cours de l'or, la demande en uranium et les besoins en gaz naturel transforment les économies locales. Le Sénégal et la Mauritanie, avec le projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), illustrent cette tendance : les investissements internationaux affluent, mais les États cherchent à en capter les retombées. Le Niger, avec ses réserves d'uranium et son potentiel pétrolier, suit une trajectoire similaire, en tentant de concilier souveraineté et ouverture.

Dans ce contexte, les annonces de mi-août 2026 ne sont pas des faits isolés. Elles s'inscrivent dans une stratégie plus vaste de diversification des partenariats, qui inclut également des accords avec la Russie, la Turquie ou les Émirats arabes unis. Le Niger semble vouloir jouer sur plusieurs tableaux pour maximiser ses gains, tout en renforçant son autonomie énergétique. Cette approche pragmatique, dictée par les besoins immédiats, pourrait toutefois créer de nouvelles dépendances, notamment vis-à-vis de partenaires qui exigent des contreparties en matière d'accès aux ressources.

L'évolution récente montre que les pays ouest-africains producteurs de pétrole et de minerais cherchent à transformer leurs richesses en leviers de développement. Le gaz naturel GTA Sénégal Mauritanie production, le pétrole Sénégal Sangomar production 17 août 2026, ou encore l'orpaillage illégal Burkina Faso Mali sont autant de sujets qui animent les débats sur la gouvernance des ressources. Le Niger, en lançant ces projets, envoie un signal fort : il entend peser dans les négociations internationales et ne plus se contenter d'exporter des matières premières brutes.

La double annonce nigérienne révèle une tendance plus large : les États ouest-africains, tout en cherchant à attirer les investissements étrangers, tentent de renforcer leur souveraineté énergétique et industrielle. Entre coopérations régionales renforcées et nouveaux partenariats internationaux, le Niger trace une voie pragmatique, mais semée d'incertitudes. La capacité de Niamey à mener à bien ces projets, dans un environnement sécuritaire et politique instable, sera déterminante pour l'avenir énergétique de la région.