Le ministre mauritanien de l'Énergie, Mohamed Ould Khaled, a réuni ce lundi à Nouakchott une mission conjointe Banque mondiale-BAD pour accélérer les projets énergétiques. Au cœur des discussions : le développement de centrales selon le modèle du Producteur Indépendant d’Électricité (IPP), une orientation stratégique lancée fin 2025. Cette réunion marque une inflexion dans la politique énergétique du pays, qui cherche à attirer les investissements privés sans alourdir sa dette.
Le pari des indépendants pour accélérer la transition électrique
Le ministre de l'Énergie réunit Banque mondiale et BAD pour débloquer les projets IPP. Une rupture stratégique pour alléger la dette et attirer le privé.
Double défi énergétique
Modèle IPP : qui fait quoi ?
Calendrier de la transition
Lancement de l’orientation stratégique IPP
Réunion Banque mondiale – BAD pour débloquer financements et obstacles réglementaires
Objectif : accélération de la capacité de production et réduction des disparités
En bref
Source : Cauris · Réunion du 9 juin 2026 · Données vérifiées
Un secteur électrique sous tension
La Mauritanie fait face à un double défi énergétique : répondre à une demande croissante (urbanisation, industries minières et gazières) et diversifier un mix encore très dépendant des importations de produits pétroliers et des centrales thermiques vieillissantes. Le taux d’électrification nationale stagne autour de 50 %, avec des disparités flagrantes entre Nouakchott et l’intérieur du pays. Dans ce contexte, toute accélération de la capacité de production est cruciale.
Le modèle IPP comme levier
La réunion du 9 juin visait à débloquer les financements et à lever les obstacles réglementaires pour plusieurs projets déjà identifiés. Le modèle IPP – où le privé conçoit, finance, construit et exploite la centrale – permet à l’État de transférer les risques de construction et d’exploitation tout en évitant un endettement direct. C’est une rupture avec le modèle historique où la société nationale SOMELEC portait seule les investissements.
Un tournant annoncé en décembre 2025
Le président Ghazouani a posé la première pierre d’une centrale hybride solaire-éolien de 220 MW au sud de Nouakchott le 25 décembre 2025. Ce projet, premier du genre en IPP, a servi de démonstrateur. Aujourd’hui, la réunion avec les bailleurs de fonds suggère une volonté de généraliser ce modèle à l’ensemble du programme d’investissement 2026-2030.
Un contexte régional favorable
L’approche mauritanienne s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest. Le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont déjà recours aux IPP, notamment pour le solaire et le gaz. La Mauritanie, longtemps focalisée sur l’exploitation du gaz (Grand Tortue Ahmeyim), semble désormais vouloir équilibrer son mix en intégrant davantage de renouvelables. Les alertes d’articles de mai 2026 montraient que le gouvernement sénégalais accélérait aussi la valorisation de ses ressources ; Nouakchott, de son côté, mise sur la complémentarité gaz-renouvelables.
Des défis de taille
Le succès du modèle IPP repose sur des conditions cadres solides : tarifs de rachat garantis, stabilité réglementaire, solvabilité de l’acheteur unique (SOMELEC). Or, la SOMELEC est endettée et ses pertes techniques et commerciales dépassent 30 %. Les investisseurs exigeront des mécanismes de garantie souveraine ou des lettres de crédit, ce qui peut reporter le risque sur l’État. Les discussions avec la Banque mondiale et la BAD portent justement sur la mise en place de ces instruments.
Un signal d’ouverture
Le fait que le ministre ait réuni les deux institutions simultanément indique une approche coordonnée de la part de Nouakchott. Jusqu’ici, la Mauritanie avançait projet par projet ; désormais, elle semble vouloir structurer un pipeline cohérent. La visite conjointe est aussi un signe de confiance des bailleurs, qui voient dans le pays un terrain d’expérimentation pour des modèles de financement innovants.
L’accélération du recours aux IPP en Mauritanie illustre une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : l’État stratège qui mobilise le capital privé pour combler le déficit d’infrastructures, sans creuser la dette publique. Reste à savoir si le cadre réglementaire et la gouvernance de SOMELEC suivront le rythme des ambitions affichées. La réponse des investisseurs dans les prochains appels d’offres sera le véritable test.