Réunis à Dakar pour la première édition du Forum International de la Presse Économique de l’Afrique de l’Ouest (FIPE-UEMOA), experts et responsables fiscaux ont rappelé l'urgence d'une coordination accrue des politiques fiscales dans l'Union. Alors que le processus d'harmonisation est engagé depuis la fin des années 1990, les résultats restent en deçà des objectifs, avec une pression fiscale moyenne encore inférieure à 20 %. Ce constat, dressé lors d'un panel dédié à la gouvernance et aux politiques économiques, intervient dans un contexte de fragilisation des finances publiques regionales et de nécessité de mobiliser davantage de ressources intérieures.

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Un objectif communautaire encore lointain

L'harmonisation fiscale est un pilier central de tout espace économique intégré, comme l'a rappelé Ndèye Nangho Dioum, Inspectrice des Impôts et des Domaines du Sénégal. Depuis les années 1990, l'UEMOA a engagé des réformes visant à rapprocher les fiscalités indirectes et directes de ses États membres, dans le but d'éviter une concurrence fiscale préjudiciable et de garantir des conditions équitables aux entreprises. Pourtant, malgré ces efforts, la pression fiscale moyenne de l'Union reste inférieure à l'objectif communautaire de 20 %. Ce seuil est considéré comme un minimum pour assurer un financement durable des politiques publiques et réduire la dépendance aux financements extérieurs.

Le Sénégal en tête, un modèle contrasté

Avec un taux de pression fiscale de 18,2 %, le Sénégal apparaît comme le pays le plus proche de la cible, mais encore loin des standards. Ce chiffre illustre à la fois les progrès réalisés par certains États et la persistance des disparités au sein de l'Union. D'autres pays, notamment ceux confrontés à une forte informalité ou à une faible capacité administrative, peinent à atteindre des niveaux suffisants de mobilisation des recettes. La situation sénégalaise montre qu'il est possible de progresser, mais aussi que l'harmonisation ne peut se faire sans un renforcement des administrations fiscales et une meilleure coopération régionale.

Les défis de la lutte contre l'évasion fiscale

Au-delà de la pression fiscale, les intervenants ont insisté sur la nécessité de lutter contre l'évasion fiscale, les prix de transfert abusifs et l'optimisation agressive pratiquée par les multinationales. Ces phénomènes privent les États de ressources considérables et faussent la concurrence. L'UEMOA et la CEDEAO ont adopté plusieurs instruments d'échange d'informations fiscales, mais leur mise en œuvre reste inégale. La transparence et la coopération entre administrations sont essentielles pour contrer l'érosion des bases imposables.

Une dynamique régionale à consolider

Ce premier FIPE-UEMOA s'inscrit dans un contexte plus large de réflexion sur la stabilité monétaire et financière de l'Union, comme en témoignent les récents débats autour de la dette publique et des défis de la fintech. L'harmonisation fiscale n'est pas un sujet technique isolé : elle conditionne la capacité des États à investir dans les infrastructures, l'éducation ou la santé, et à créer un environnement favorable aux affaires. Alors que le Togo prépare sa stratégie nationale d'inclusion financière 2026-2030, la coordination fiscale apparaît comme un complément indispensable pour attirer les investissements tout en préservant l'équité.

L'évolution temporelle montre que, malgré des décennies de réformes, le chemin vers une intégration fiscale aboutie reste long. Les progrès sont réels, mais insuffisants face aux défis macroéconomiques actuels, marqués par une dette publique croissante et des besoins de financement importants. Le dialogue entre experts, responsables politiques et société civile, comme celui amorcé à Dakar, est une étape nécessaire pour renforcer la volonté politique et accélérer les réformes.

L'harmonisation fiscale dans l'UEMOA n'est pas une fin en soi, mais un levier pour une intégration économique plus profonde et plus équitable. Alors que la région fait face à des chocs exogènes et à des tensions budgétaires, la capacité des États à coordonner leurs politiques fiscales déterminera en partie leur résilience collective. Le chemin reste semé d'obstacles, mais les discussions de Dakar montrent une prise de conscience croissante de l'enjeu.

Données de référence : Solde budgétaire : -7.9% (FMI) · Solde budgétaire : -7.9% (FMI)