La croissance économique du Sénégal est tombée à 2,2 % en 2025, un niveau inédit hors période pandémique, tandis que le chômage atteint 24 % en zone urbaine et 30 % en zone rurale. Cette contraction est attribuée à l'augmentation de la pression fiscale couplée à une quasi-absence d'investissements publics et au non-paiement de la dette intérieure. Au-delà du cas sénégalais, cette situation interroge les paradigmes de politique économique au sein de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) où la hausse des recettes fiscales est souvent privilégiée sans garantie d'investissement productif.

Selon des données récentes, le produit intérieur brut (PIB) sénégalais a enregistré une décélération brutale en 2025, passant sous la barre des 3 % pour la première fois depuis la crise du Covid-19. L'inflation, alimentée par le choc pétrolier lié aux tensions au Moyen-Orient, a accru les difficultés des ménages et des entreprises. Parallèlement, le taux de chômage a bondi, touchant particulièrement les jeunes et les travailleurs ruraux. Plusieurs entreprises ont cessé leurs activités ou délocalisé une partie de leur production vers des pays voisins perçus comme plus cléments sur le plan fiscal. Ces indicateurs contrastent fortement avec la situation de 2023, où les finances publiques semblaient encore maîtrisées. La politique économique du régime PASTEF, arrivé au pouvoir en 2024, a reposé sur un accroissement significatif de la pression fiscale, sans pour autant relancer les investissements publics ni honorer les arriérés de la dette intérieure. Ce choix a provoqué une perte de confiance des partenaires financiers et un assèchement des liquidités pour les entreprises locales. Dans un contexte de croissance atone, l'augmentation des impôts a découragé l'investissement privé et réduit la demande intérieure, amplifiant le ralentissement économique. Cette situation illustre un dilemme familier dans l'UEMOA : comment concilier la nécessité d'accroître les recettes fiscales pour respecter les critères de convergence tout en maintenant un niveau d'investissement suffisant pour soutenir l'activité. Le cas sénégalais montre que toute hausse de la pression fiscale doit s'accompagner d'une stratégie crédible de dépenses publiques productives, sous peine de contracter la base taxable elle-même. Le non-paiement de la dette intérieure aggrave ce cercle vicieux en privant les entreprises de trésorerie et en sapant la confiance des créanciers. La dimension politique n'est pas absente : à l'approche des échéances électorales, le gouvernement semble davantage focalisé sur les enjeux de pouvoir que sur une relance économique de long terme. Or, dans la zone UEMOA, plusieurs pays sont tentés par des hausses d'impôts rapides pour financer des promesses électorales. L'expérience sénégalaise pourrait servir d'avertissement. Au-delà des frontières sénégalaises, cette contraction soulève des questions sur la pertinence des recommandations de politique économique souvent formulées par les institutions régionales. La priorité donnée à l'assainissement budgétaire et à l'augmentation du taux de pression fiscale, sans considération suffisante pour le cycle économique et la qualité des dépenses, peut conduire à des récessions auto-infligées.

Le Sénégal devient ainsi un cas d'école pour l'UEMOA : il démontre que l'augmentation de la pression fiscale, sans investissement public ni règlement de la dette intérieure, peut inverser les gains de croissance en moins de deux ans. Alors que d'autres pays de la région poursuivent leurs efforts de mobilisation de recettes, ils devront intégrer la nécessité de préserver la confiance des acteurs économiques et de calibrer les réformes en fonction des capacités réelles de l'économie. L'avenir dira si cette leçon sera entendue.