Le 30 juin 2026, à Cotonou, les autorités béninoises ont ouvert la 19e réunion de l’Initiative Afrique en réaffirmant leur engagement à renforcer la transparence fiscale. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte régional où la mobilisation des ressources intérieures devient cruciale face à un déficit d’infrastructures estimé à 118 milliards de dollars. Alors que le Nigeria vient de voir sa note souveraine relevée par S&P en mai, le Bénin cherche à gagner en crédibilité auprès des partenaires internationaux et des investisseurs.

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Le directeur général des Impôts, Erick Maxime M. Akakpo-Djihountry, a annoncé la création d’une unité d’échange de renseignements, en cours de dotation en moyens. Cette structure doit permettre au Bénin de répondre aux exigences du Forum mondial sur la transparence et l’échange de renseignements à des fins fiscales de l’OCDE. L’objectif affiché est d’exploiter pleinement les mécanismes de coopération internationale pour traquer les schémas d’optimisation agressive qui exploitent les failles transfrontalières.

Cette annonce intervient dans un environnement ouest-africain marqué par des tensions budgétaires et une inflation élevée (15,7 % en avril 2026). Le rapport de l’Infrastructure Consortium for Africa, publié en mai, soulignait un besoin criant de financements pour les routes, l’énergie et le numérique. Pour y répondre, les États doivent soit emprunter davantage sur les marchés – au risque d’alourdir leur dette – soit améliorer le recouvrement fiscal. Le Bénin choisit la seconde voie, en tablant sur la transparence pour élargir l’assiette et réduire les fuites.

Le ministre délégué chargé des Finances et de la Microfinance, Nicolas Yènoussi, a insisté sur la nécessité d’une « union sacrée des administrations » face à des pratiques fiscales dommageables. Le Bénin est déjà partie à la Convention multilatérale concernant l’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, ce qui lui permet de coopérer avec 156 juridictions. Mais la mise en œuvre concrète reste un défi : le rapport d’examen par les pairs, évoqué dans la source, pointe probablement des lacunes que l’unité d’échange doit combler.

Un signal pour les investisseurs régionaux

Cette réforme s’inscrit dans une tendance plus large de quête de crédibilité souveraine en Afrique de l’Ouest. En mai 2026, S&P Global Ratings a relevé la note du Nigeria à « B » avec perspective stable, saluant les réformes économiques engagées par le président Tinubu. Le Bénin, bien que plus petit, cherche à envoyer un signal similaire : en se conformant aux standards internationaux de transparence, il espère réduire la prime de risque sur sa dette et attirer des capitaux plus stables.

Les autorités béninoises semblent avoir compris que la transparence fiscale n’est pas seulement une contrainte technique, mais un outil stratégique. En rendant plus difficile l’évasion fiscale, elles augmentent les chances de financer les infrastructures sans recourir à un endettement excessif. C’est aussi un moyen de renforcer la justice fiscale, comme l’a rappelé le ministre Yènoussi, en transformant « l’opacité en justice fiscale ».

Les défis de la mise en œuvre

Reste à savoir si cette volonté politique se traduira en résultats tangibles. La création de l’unité d’échange de renseignements est une première étape, mais sa pleine opérationnalisation nécessite des compétences techniques et des moyens financiers. Le directeur général des Impôts a lui-même reconnu que « l’apprentissage et la compréhension des enjeux » est en cours. Par ailleurs, la coopération entre administrations fiscales de la région reste inégale, freinée par des capacités variables et des priorités politiques divergentes.

Au-delà du Bénin, cette réunion de l’Initiative Afrique à Cotonou illustre une dynamique continentale. L’Afrique de l’Ouest, confrontée à une pression démographique et à des besoins d’investissement colossaux, n’a d’autre choix que de mieux collecter l’impôt. La transparence fiscale n’est pas une fin en soi, mais un moyen de renforcer la souveraineté économique et de réduire la dépendance aux financements extérieurs souvent volatils.

Alors que la CEDEAO et l’UEMOA travaillent à harmoniser leurs politiques fiscales, l’expérience béninoise pourrait servir de test pour mesurer l’impact de la transparence sur la mobilisation des recettes. Si les réformes portent leurs fruits, elles pourraient inspirer d’autres pays de la région. Mais le chemin est long : la confiance des citoyens et des investisseurs ne se décrète pas, elle se construit dans la durée.

Données de référence : Inflation : 1.1% (FMI)