Le Sénégal a nommé Cheikh Oumar Bâ au poste de ministre de l’Agriculture, en remplacement de Dr Mabouba Diagne. Socio-anthropologue et ancien directeur du Bureau d’Analyse Macro-économique de l’ISRA, il hérite d’un secteur sous tension : le plan de souveraineté alimentaire lancé en 2023 peine à atteindre ses objectifs, et la facture d’importation de riz a dépassé 200 milliards FCFA au premier semestre 2025. Ce changement intervient dans un contexte régional où la sécurité alimentaire reste un défi majeur pour la CEDEAO.

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La nomination de Cheikh Oumar Bâ à la tête du ministère de l’Agriculture du Sénégal marque un tournant dans la politique agricole du pays. Son profil contraste avec celui de son prédécesseur, Dr Mabouba Diagne, ancien vice-président de la Banque d’Investissement et de Développement de la CEDEAO (BIDC). Là où Diagne apportait une expertise financière régionale, Bâ incarne une approche ancrée dans la recherche scientifique et la co-construction avec les acteurs ruraux. Il a dirigé le BAME de l’ISRA, puis l’Initiative Prospective Agricole et Rurale, un think tank spécialisé dans les politiques foncières, l’agroécologie et la résilience climatique.

Cette transition intervient alors que le Sénégal accuse un retard dans la réalisation de son agenda de souveraineté alimentaire, lancé en 2023 avec une enveloppe de 5000 milliards FCFA. Les résultats escomptés ne sont pas au rendez-vous : au premier semestre 2025, les importations de riz ont déjà coûté plus de 200 milliards FCFA, un chiffre qui illustre la dépendance persistante du pays vis-à-vis des marchés internationaux. La consommation nationale de riz, estimée entre 1,5 et 1,7 million de tonnes par an, n’est couverte qu’à environ 30 % par la production locale.

Un changement de paradigme dans la conduite des politiques agricoles

Cheikh Oumar Bâ est un connaisseur des réalités du monde rural. Socio-anthropologue de formation, il a travaillé avec la FAO, le FIDA et la Banque mondiale, mais aussi directement avec les organisations paysannes. Sa méthode privilégie les données scientifiques, l’analyse des territoires et la compréhension des dynamiques sociales. Il a plaidé pour une meilleure gouvernance foncière et pour des systèmes de production agroécologiques, des thèmes qui pourraient redéfinir les priorités du ministère.

Le contraste avec Mabouba Diagne est frappant. Ce dernier, avant de rejoindre le gouvernement, était vice-président de la BIDC, une institution régionale qui finance des infrastructures et des projets agricoles dans toute l’Afrique de l’Ouest. Son départ, qu’il a lui-même souhaité selon les sources, ouvre la voie à une nouvelle génération de décideurs plus proches du terrain. Cependant, le changement de profil ne garantit pas une rupture immédiate : les défis structurels du secteur demeurent.

Les racines d’une souveraineté inachevée

Le plan 2023-2025 visait à réduire les importations de produits alimentaires de base, mais les contraintes ont été sous-estimées. La faible mécanisation, l’accès limité au crédit pour les petits exploitants, la dégradation des sols et les chocs climatiques récurrents ont entravé les progrès. La région ouest-africaine, confrontée à une insécurité alimentaire chronique, attend du Sénégal qu’il joue un rôle moteur, notamment dans le cadre de la CEDEAO. Le nouveau ministre devra jongler entre les attentes nationales et les engagements régionaux.

Un contexte régional en mutation

La nomination de Cheikh Oumar Bâ intervient dans une période de recomposition des politiques agricoles en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO a récemment dévoilé un « Pacte d’avenir » en six piliers, qui inclut la sécurité alimentaire et la résilience climatique. Par ailleurs, des projets comme le barrage de Souapiti en Guinée, qui forme des ingénieurs, montrent que la région investit dans les compétences pour accompagner la transformation structurelle. Le Sénégal, avec son nouveau ministre, pourrait s’inscrire dans cette dynamique en renforçant les liens entre recherche agricole et décision publique.

Perspectives ouvertes

L’enjeu pour Cheikh Oumar Bâ sera de transformer son expertise en résultats concrets. Son approche participative et scientifique séduit les partenaires techniques, mais la mise en œuvre sur le terrain reste le véritable test. La question foncière, l’emploi des jeunes ruraux et l’adaptation au changement climatique seront des chantiers prioritaires. Il s’agit moins d’un remède miracle que d’une inflexion méthodologique, dont les effets ne se mesureront que sur le long terme.

Ce changement de ministre au Sénégal s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique de l’Ouest : la recherche de profils techniques pour piloter des secteurs stratégiques. Alors que la région cherche à réduire sa dépendance alimentaire et à renforcer sa résilience, la capacité à articuler science, politique et participation rurale devient un enjeu central. Cheikh Oumar Bâ incarne cette nouvelle vague, mais les résultats dépendront de sa capacité à surmonter les inerties bureaucratiques et à mobiliser durablement les acteurs du monde agricole.