Le 5 juillet 2026, Bruno Koné, ministre ivoirien de l'Agriculture, a lancé une nouvelle phase de transformation de la filière coton, tandis qu'au Sénégal, le Compact AgriConnect, soutenu par la Banque mondiale, ambitionne de révolutionner les systèmes alimentaires. Ces deux initiatives, distinctes mais complémentaires, illustrent la double dynamique à l'œuvre en Afrique de l'Ouest : moderniser les filières d'exportation historiques tout en renforçant la souveraineté alimentaire. Un équilibre délicat, alors que la région peine encore à sortir de la dépendance aux importations et aux aléas climatiques.

Infographie — Économie · Côte d'Ivoire

Côte d’Ivoire : la filière coton à un tournant

L’annonce de Bruno Koné marque une étape supplémentaire dans la stratégie ivoirienne de transformation structurelle du coton. Longtemps cantonné à l’exportation de matière première, le secteur est appelé à monter en gamme : le gouvernement vise une augmentation de la capacité de transformation locale, afin de capter davantage de valeur ajoutée. Cette orientation s’inscrit dans le sillage de la réforme plus large du secteur agricole ivoirien, qui cherche à diversifier une économie encore trop dépendante du cacao.

Cette nouvelle phase intervient dans un contexte régional contrasté. Quelques mois plus tôt, en mai 2026, le Nigeria voisin faisait face à une crise sans précédent de sa filière gingembre, frappée par une maladie fongique. Cet épisode a rappelé la vulnérabilité des monocultures d’exportation face aux aléas sanitaires et climatiques. La Côte d’Ivoire, consciente de ces risques, tente d’anticiper en renforçant la résilience de sa filière coton par l’industrialisation et la diversification des débouchés.

Sénégal : le pari de la souveraineté alimentaire

De l’autre côté de la sous-région, le Sénégal mise sur une approche radicalement différente. Le Compact AgriConnect, lancé en partenariat avec la Banque mondiale, cible les céréales, l’horticulture et l’élevage. Son objectif : réduire la dépendance alimentaire du pays, qui importe encore une part significative de ses besoins. Le programme s’aligne sur l’Agenda National de Transformation 2050 et la Stratégie de Souveraineté Alimentaire (SSA 2025-2034).

Les défis sont immenses. Selon les données récentes, 1,3 million de Sénégalais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë, un chiffre qui souligne l’urgence d’agir. Les nouvelles pratiques agricoles intégrant des cultures résistantes à la sécheresse, une meilleure irrigation et l’introduction de technologies modernes sont au cœur du dispositif. Mais la question de l’accès économique reste cruciale : même si la production augmente, la pauvreté rurale limite les capacités d’achat des populations.

Deux modèles, une même quête de transformation

Ces deux cas illustrent la diversité des trajectoires de transformation agricole en Afrique de l’Ouest. D’un côté, la Côte d’Ivoire cherche à consolider ses filières d’exportation par l’industrialisation. De l’autre, le Sénégal donne la priorité à la sécurité alimentaire et à la réduction des importations. Mais ces approches ne sont pas antagonistes : elles répondent à des réalités différentes et peuvent même se renforcer mutuellement. La réussite de l’une dépendra de sa capacité à intégrer les leçons de l’autre, notamment en matière de résilience climatique et de gouvernance inclusive.

Une dynamique régionale à consolider

Au-delà des frontières nationales, ces initiatives s’inscrivent dans un mouvement plus large de réforme des politiques agricoles en Afrique de l’Ouest. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) encourage depuis plusieurs années des stratégies coordonnées de sécurité alimentaire et de développement des chaînes de valeur régionales. Pourtant, les progrès restent inégaux. Les récentes crises – gingembre au Nigeria, coton au Burkina Faso – montrent que la transformation agricole ne peut se faire sans une approche intégrée associant production, transformation, commercialisation et protection sociale.

En ce milieu d’année 2026, la Côte d’Ivoire et le Sénégal tracent deux pistes complémentaires vers une agriculture plus performante et plus résiliente. Leur succès dépendra de leur capacité à conjuguer modernisation économique et inclusion sociale, dans un contexte climatique de plus en plus incertain. Au-delà des frontières, c’est tout le modèle agricole ouest-africain qui se réinvente, entre héritage colonial et aspirations à la souveraineté.