TotalEnergies vient d’élargir son programme d’éducation environnementale à quatorze établissements scolaires de Lagos, collectant près de 12,6 tonnes de déchets recyclables depuis 2024. Cette initiative semble modeste au regard de l’empreinte carbone du groupe, mais elle s’inscrit dans une stratégie plus large de légitimation sociale sur un continent où les majors pétrolières sont de plus en plus contestées. Au-delà du Nigeria, c’est l’ensemble de la région ouest-africaine — Sénégal en tête — qui observe ces signaux.

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Une extension locale dans un contexte régional tendu

Le 14 juillet 2026, TotalEnergies Marketing Nigeria Plc a officialisé l’extension de son programme d’éducation environnementale à quatre nouvelles écoles, portant le total à quatorze établissements dans la métropole de Lagos. Selon le directeur général Wilfried Konde, près de 500 élèves ont été formés à la protection de l’environnement et au recyclage, et les écoles participantes ont collecté 12 596 kilogrammes de déchets recyclables entre décembre 2024 et juin 2026.

Si l’on juge l’initiative à l’aune des enjeux climatiques globaux, le volume reste marginal. Mais dans le contexte ouest-africain, où les déchets solides sont une crise sanitaire et environnementale majeure, ce type d’action peut avoir un effet démonstratif. Surtout quand elle émane d’un acteur pétrolier dont l’image est régulièrement ternie par des fuites et pollutions, notamment au Nigeria.

Un maillon d’une stratégie de responsabilité élargie

TotalEnergies célèbre cette année septante ans de présence au Nigeria. L’ancien sponsor de la CAF (via la marque TotalEnergies, comme en témoignent les articles récents sur la Coupe d’Afrique des Nations U-17) développe depuis plusieurs années des programmes RSE dans ses pays d’opération. L’accent mis sur les clubs environnementaux dans les écoles rappelle les dispositifs de « compensation » déployés par d’autres majors comme Shell ou Eni.

Au Sénégal, où TotalEnergies est l’un des opérateurs clés du gaz naturel liquéfié (GTA), la pression des communautés locales est forte. La directrice générale des services pays, Adesua Adewole, a rappelé que le développement durable est un « pilier stratégique ». Mais ce discours doit composer avec les critiques d’ONG qui dénoncent un décalage entre les promesses environnementales et l’expansion des hydrocarbures.

Une double lecture économique et politique

L’extension du programme peut être lue comme une réponse anticipée aux exigences croissantes des bailleurs internationaux et des gouvernements ouest-africains. Dans l’UEMOA, la réglementation sur la responsabilité sociétale des entreprises s’aligne progressivement sur les standards internationaux. TotalEnergies, en multipliant les actions visibles, cherche à sécuriser son permis d’opérer dans un environnement où l’acceptation sociale devient un actif immatériel.

De plus, le partenariat avec la Nigerian Conservation Foundation (NCF) ancre l’initiative dans un réseau institutionnel crédible. Les 12,6 tonnes recyclées ne sont pas un volume insignifiant à l’échelle locale : elles représentent une économie de matières premières et une réduction des émissions de méthane issues de la décharge, même si l’impact reste modeste comparé aux émissions totales du groupe.

Quelle perspective pour le Sénégal ?

Pour le Sénégal, où TotalEnergies est très présent, ce modèle nigérian pourrait être reproduit. Les communautés de Saint-Louis ou de la région de Thiès attendent des retombées concrètes des projets gaziers. L’éducation environnementale pourrait devenir un terrain de négociation entre l’entreprise et les populations locales. Toutefois, la duplication n’est pas automatique : les contextes réglementaires et sociaux diffèrent. Le Sénégal, avec son Plan Sénégal Émergent, axe davantage sa politique environnementale sur la gestion des côtes et l’énergie renouvelable.

L’importance de la mesure et de la continuité

Plusieurs indicateurs ressortent de la communication de TotalEnergies : la collecte est effectuée deux fois par trimestre, sous la supervision de clubs environnementaux. Ce suivi régulier est un gage de sérieux par rapport à des actions ponctuelles souvent dénoncées comme du « greenwashing ». Mais le nombre d’élèves touchés (500) reste très faible face aux quelque 20 millions d’habitants de Lagos. La question est de savoir si ce type d’initiative peut passer à l’échelle, et si elle influence vraiment les comportements à long terme.

Les analystes soulignent également que la RSE des majors pétrolières, aussi louable soit-elle, ne compense pas les émissions de gaz à effet de serre liées à l’extraction et à la combustion des hydrocarbures. L’initiative nigériane s’inscrit donc dans une tension permanente entre nécessité de légitimité locale et impératif de rentabilité.

Un enjeu de crédibilité pour toute la filière

Enfin, il ne faut pas sous-estimer l’impact de ces actions sur la réputation régionale de TotalEnergies. En Afrique de l’Ouest, la concurrence entre majors est vive, et les communautés apprennent à comparer les politiques RSE. L’extension du programme à Lagos pourrait servir de vitrine pour des négociations futures au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, où TotalEnergies est également actif.

L’initiative de TotalEnergies au Nigeria, bien que limitée, illustre une tendance lourde en Afrique de l’Ouest : les entreprises extractives doivent désormais justifier leur présence par des actions environnementales tangibles. Dans un contexte de transition énergétique incertaine, la RSE devient un enjeu de compétitivité et de survie. Reste à voir si ces programmes passeront de l’expérimentation locale à une transformation structurelle des relations entre majors, États et sociétés civiles.