Le Sénégal a installé un nouveau gouvernement recentré autour d'un ministère unique de l'Économie, des Finances et du Plan, tandis que le Bénin a créé un Bureau d'Appui Stratégique directement rattaché à la présidence. Ces deux réformes, annoncées en juin 2026, s'inscrivent dans une dynamique régionale de renforcement de l'efficacité de l'action publique. Mais elles soulèvent des questions sur la concentration du pouvoir et la coordination entre institutions héritées des mandats précédents.

Infographie — Économie · Sénégal

Au Sénégal, le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, ancien haut cadre de la BCEAO et artisan de la Vision Sénégal 2050, a hérité d'une architecture gouvernementale resserrée. Le retour à un ministère unique de l'Économie, des Finances et du Plan marque une rupture avec la séparation des portefeuilles observée sous le précédent quinquennat. Pour l'économiste Abou Kane, interrogé par la presse locale, cette décision « répond à une nécessité de coordination dans un contexte marqué par les défis budgétaires, la gestion de la dette et les impératifs de relance économique ». Il y voit un signal fort en faveur d'une logique de résultats, plutôt que de procédures.

Au Bénin, le président Romuald Wadagni a créé le 1ᵉʳ juin le Bureau d'Appui Stratégique du Président de la République (BASE-PR), une structure pluridisciplinaire chargée de l'analyse stratégique des réformes et du suivi des programmes. Ce nouvel organe vient s'ajouter au Bureau d'Analyse et d'Investigation (BAI), créé en 2016 sous Patrice Talon. Ce dernier avait pour mission d'accompagner les réformes structurelles dans les finances publiques, la fiscalité ou les marchés publics. La coexistence des deux structures interroge : le BASE-PR est-il destiné à remplacer le BAI ou à le compléter ? Les textes ne tranchent pas encore, mais la création d'un bureau directement rattaché au président suggère une volonté de centraliser le pilotage stratégique.

Ces deux réformes s'observent dans un contexte régional marqué par une accélération des chantiers institutionnels. En mai 2026, la Banque mondiale exportait l'expérience ivoirienne de gouvernance des entreprises publiques vers d'autres pays de l'UEMOA, tandis que le Burkina Faso affichait un taux de mise en œuvre élevé des réformes communautaires. Le Mali, de son côté, lançait un atelier sur l'intégration de la directive pharmaceutique de l'UEMOA. Ces initiatives témoignent d'une dynamique de modernisation des administrations, mais aussi d'une recherche de contrôle accru par les exécutifs.

La simultanéité des réformes sénégalaise et béninoise n'est probablement pas le fruit du hasard. Les deux pays, qui ont connu des alternances récentes – arrivée de Bassirou Diomaye Faye en 2024 au Sénégal, élection de Romuald Wadagni en 2026 au Bénin –, partagent une même volonté de rationaliser l'action gouvernementale pour répondre aux attentes économiques et sociales. Le choix de profils techniques comme Ahmadou Al Aminou Lo ou la création d'une cellule d'analyse présidentielle au Bénin indiquent une priorité donnée à l'efficacité, au détriment peut-être des équilibres institutionnels.

La question centrale est celle du juste équilibre entre coordination et concentration. Au Sénégal, le regroupement des compétences économiques pourrait accélérer les décisions, mais il expose aussi à un risque de goulot d'étranglement si le ministère unique est submergé. Au Bénin, le BASE-PR pourrait renforcer la capacité d'analyse du président, mais sa superposition avec le BAI risque de créer des doublons ou des rivalités. Ces réformes rappellent que l'efficacité de l'action publique ne dépend pas seulement de l'organigramme, mais aussi des pratiques de coordination entre les acteurs.

En replaçant ces deux cas dans la dynamique régionale, on observe que les États ouest-africains cherchent tous à adapter leurs structures de gouvernance aux défis contemporains : endettement, pression démographique, exigences de transparence. La réunion du Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment en mai 2026 à Abidjan, la promotion des investissements au Togo par le Corporate Council on Africa, ou encore l'atelier pharmaceutique au Mali illustrent cette quête de réformes. Reste à savoir si ces ajustements institutionnels préparent les administrations à mieux répondre aux besoins des citoyens, ou s'ils confortent avant tout une logique de recentralisation du pouvoir.

Les réformes sénégalaise et béninoise s'inscrivent dans un mouvement plus large de redéfinition du rôle de l'État en Afrique de l'Ouest, où la recherche d'efficacité côtoie la tentation de la concentration. L'évolution des structures dépendra autant de la qualité des hommes et femmes qui les animeront que des arbitrages politiques à venir. La région continue d'expérimenter, sans modèle unique, des réponses à des défis communs.