Ce dimanche 24 mai, Romuald Wadagni est officiellement investi président du Bénin, après avoir été l’architecte de la politique économique des deux mandats de Patrice Talon. L’ancien argentier hérite d’une croissance solide et d’une réputation de discipline budgétaire, mais aussi d’un climat politique tendu et d’un environnement régional marqué par les recompositions de l’Alliance des États du Sahel (AES). La présence des représentants maliens, nigériens et burkinabè à la cérémonie interroge sur les nouvelles dynamiques diplomatiques à l’œuvre.

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L’accession de Romuald Wadagni à la présidence béninoise consacre une continuité rare dans la région. Ministre de l’Économie et des Finances sans discontinuer depuis 2016, il a été le principal artisan de la stratégie budgétaire qui a permis au Bénin d’afficher une croissance supérieure à 6 % sur plusieurs exercices. Le pays a notamment réussi à diversifier ses sources de financement, avec des émissions d’euro-obligations devenues une référence au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Cette trajectoire, associée à un programme de transformation structurelle du coton et du soja, a renforcé la crédibilité de Cotonou sur les marchés internationaux.

Wadagni est aussi l’incarnation d’une orthodoxie financière qui a valu au Bénin des notes souveraines stables, alors que plusieurs voisins sahéliens voient leurs notations dégradées sous l’effet de l’instabilité politique. Le nouveau président devra composer avec un héritage paradoxal : une économie macroéconomiquement saine mais socialement peu redistributive, comme en témoignent les inégalités persistantes. Son discours d’investiture a d’ailleurs esquissé une promesse d’élargissement du « dividende social », sans pour autant remettre en cause la rigueur qui a fait sa marque.

Le parterre diplomatique de la cérémonie offre un autre motif d’analyse. La présence des représentants des trois États membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) – Mali, Niger et Burkina Faso – signale une volonté de maintenir des canaux de dialogue, malgré les tensions régionales. Depuis le coup d’État de juillet 2023 au Niger, les relations entre Cotonou et Niamey sont restées officielles mais parcimonieuses. Cette participation pourrait traduire un pragmatisme économique : le Bénin, port naturel du commerce sahélien via le port de Cotonou, ne peut ignorer ses voisins du nord, même si ceux-ci ont tourné le dos à la CEDEAO.

Dans le même temps, les articles récents sur l’économie ouest-africaine font état de préoccupations sur la dette au Niger. Selon des déclarations du ministre nigérien de l’Économie et des Finances fin 2025, la dette publique provisoire suscite des interrogations. Le contraste avec la gestion béninoise est frappant : Wadagni a fait de la soutenabilité de la dette un axe central de sa politique, et le Bénin bénéficie d’un ratio d’endettement maîtrisé. Cette différence pourrait renforcer l’attractivité de Cotonou comme hub financier régional, en dépit d’un espace politique restreint.

**Une transition sous le signe de la prudence.** La continuité des hommes et des doctrines ne garantit pas pour autant une stabilité politique. L’opposition béninoise, largement exclue du processus électoral, reste critique. La marge de manœuvre de Wadagni sera jugée à sa capacité à concilier la rigueur budgétaire avec des réformes sociales qui répondent aux attentes d’une population jeune et urbaine. Par ailleurs, la présence des pays de l’AES à l’investiture pose la question d’une éventuelle normalisation à bas bruit entre les États sahéliens en rupture et les démocraties côtières.

Le contexte régional plus large jouera un rôle déterminant. Alors que l’AES cherche à affirmer son poids économique, la CEDEAO tente de maintenir sa cohésion. Le Bénin, sous la houlette de Wadagni, pourrait jouer un rôle de pont, tout en défendant ses intérêts commerciaux. Les premiers signaux diplomatiques et économiques de ce nouveau quinquennat seront observés de près à Abidjan, Dakar et Niamey.

L’investiture de Romuald Wadagni n’est donc pas un simple changement de locataire. Elle cristallise un modèle économique, une continuité institutionnelle et un test diplomatique. Dans une région en pleine recomposition, elle interroge la capacité d’un État côtier stable à rester pertinent face à des voisins sahéliens qui réinventent leurs alliances. La réponse se lira dans les arbitrages budgétaires à venir et dans la teneur des échanges entre Cotonou et les capitales de l’AES.