Le président béninois Romuald Wadagni a reçu le président de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Serge Ekué, le 10 juin 2026 à Cotonou. Cette audience intervient alors que le nouveau pouvoir entend accélérer les investissements structurants, et dans la foulée d’une opération de financement croisée de 200 millions d’euros entre la BOAD et Proparco pour le secteur privé ouest-africain. La rencontre révèle une double dynamique : continuité des réformes engagées sous l’ancien ministre des Finances devenu chef de l’État, et volonté de la banque régionale de consolider son rôle de pivot dans l’UEMOA.
Un soutien régional pour accélérer les investissements
La BOAD et le Bénin consolident leur alliance après l'élection de Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances et familier de l'institution.
Accord de partage des risques entre la BOAD et Proparco (AFD) signé le 15 mai 2026. Objectif : financer le secteur privé dans toute l'UEMOA.
Acteurs clés
Priorités Bénin
- 🛣️ Infrastructures (routes, énergie)
- 🏭 Appui au secteur privé
- 📊 Consolidation macroéconomique
Flux de financement
« Ce tête-à-tête permet de réaffirmer un partenariat qui ne démarre pas de zéro, mais qui doit s’inscrire dans une nouvelle phase. »
— Extrait de l'article · Audience du 10 juin 2026Un rendez-vous au sommet pour sceller une nouvelle étape
La visite de Serge Ekué au Palais de la Marina n’est pas une simple visite de courtoisie. Elle intervient deux mois après l’élection de Romuald Wadagni, ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, qui a porté pendant près d’une décennie la stratégie de développement du Bénin. Ce dernier connaît parfaitement les rouages de la BOAD pour avoir siégé à son conseil d’administration. Ce tête-à-tête permet donc de réaffirmer un partenariat qui ne démarre pas de zéro, mais qui doit s’inscrire dans une nouvelle phase.
Les besoins du Bénin sont clairs : infrastructures (routes, énergie, assainissement), appui au secteur privé et consolidation des réformes macroéconomiques. Or, la BOAD vient de conclure le 15 mai 2026 un accord de 200 millions d’euros avec Proparco, filiale de l’Agence française de développement, destiné à financer le secteur privé dans l’ensemble de l’UEMOA. Ce mécanisme de partage des risques pourrait bénéficier directement aux entreprises béninoises, et l’audience a probablement abordé les modalités de sa déclinaison nationale.
Un contexte régional marqué par des tensions et des opportunités
La relance des échanges entre Cotonou et la BOAD s’inscrit dans un environnement ouest-africain contrasté. Au Sénégal, la société nationale d’électricité Senelec fait face à des pressions financières de la part de créanciers, comme l’a rapporté la presse sénégalaise le 15 mai dernier. Par ailleurs, la BOAD multiplie les initiatives pour répondre à une demande de financement en forte hausse – un signal d’alerte que les besoins d’investissement dépassent les capacités budgétaires des États.
Dans ce paysage, le Bénin fait figure de bon élève. Sous la précédente administration, le pays a amélioré son climat des affaires et attiré des financements multilatéraux. Le nouveau président, qui a lui-même piloté ces réformes, incarne une continuité rassurante pour les partenaires financiers. La BOAD, de son côté, cherche à renforcer son ancrage dans les huit pays de l’UEMOA, et le Bénin reste un point d’appui stratégique pour sa stratégie d’intégration régionale.
Au-delà du symbole : quels engagements concrets ?
Si la rencontre a été qualifiée de « réaffirmation d’engagement », les termes précis des futurs financements restent à préciser. La BOAD intervient traditionnellement dans les infrastructures (routes, énergie, agriculture) et le secteur privé. Or, le Bénin a lancé un vaste programme de modernisation des ports et des corridors logistiques, qui nécessite des cofinancements régionaux. Par ailleurs, la transition énergétique est un enjeu : le pays vise à accroître sa capacité de production électrique, et la BOAD pourrait mobiliser des ressources dédiées.
L’audience a également permis d’évoquer les modalités de la nouvelle programmation pays 2026-2030 de la BOAD, qui devrait être alignée sur les priorités du nouveau gouvernement. Les secteurs de la santé, de l’éducation et de l’immobilier – cités par la banque – pourraient être renforcés. Toutefois, le principal défi sera de maintenir la discipline budgétaire tout en accélérant les dépenses d’investissement, un équilibre que Romuald Wadagni connaît bien pour l’avoir géré comme ministre.
Une relation plus large : le rôle de la BOAD dans l’intégration ouest-africaine
Au-delà du cas béninois, cette audience illustre le rôle croissant de la BOAD comme instrument de convergence économique au sein de l’UEMOA. Créée en 1973, elle a vu ses missions s’élargir avec l’approfondissement de l’union monétaire. Aujourd’hui, elle est l’un des rares outils à la fois financiers et techniques capables d’harmoniser les politiques de développement entre pays aux profils hétérogènes.
La récente opération avec Proparco montre que la BOAD cherche à diversifier ses sources de financement et à attirer des capitaux privés internationaux. Cette dynamique pourrait profiter en priorité aux pays comme le Bénin, qui offrent une stabilité politique et une gestion économique reconnue. À l’inverse, les tensions dans d’autres États de la région (comme le Sénégal) rappellent que la confiance des bailleurs reste fragile et que chaque rendez-vous compte pour la maintenir.
Le chemin est encore long : pour financer les objectifs de développement durable, l’Afrique de l’Ouest a besoin de centaines de milliards de dollars. Mais la rencontre du 10 juin 2026 entre Wadagni et Ekué envoie un signal clair : le Bénin veut rester un partenaire prioritaire de la BOAD, et celle-ci entend accompagner le nouveau pouvoir dans ses ambitions.
La relance des relations entre le Bénin et la Banque ouest-africaine de développement intervient dans un contexte de recomposition politique et de besoins de financement accrus. Elle illustre la manière dont les institutions régionales cherchent à maintenir un cap de développement malgré les tensions conjoncturelles. Reste à savoir si les annonces se traduiront par des décaissements rapides et si le modèle de financement croisé avec des bailleurs comme Proparco pourra être étendu à d’autres secteurs stratégiques. Une chose est sûre : l’œil des investisseurs et des partenaires techniques reste braqué sur l’UEMOA, où chaque signal politique compte.