Le 24 mai 2026, Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances de Patrice Talon, a prêté serment comme président du Bénin avec plus de 94 % des voix. Son élection, sans opposition crédible, l'oblige à bâtir sa propre légitimité. Dès son investiture, il a entamé une tournée ouest-africaine qui donne le ton de son mandat : concilier les intérêts économiques du Bénin avec le nouveau jeu géopolitique régional, marqué par la sortie du Niger de la CEDEAO en 2025.

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La transition politique béninoise s'opère en apparence dans la continuité. Romuald Wadagni, artisan du Programme de réformes économiques de Patrice Talon, incarne la technostratégie qui a transformé le Bénin depuis 2016. Pourtant, son accession à la présidence révèle les fragilités du système : l'opposition écartée par un verrouillage électoral, une base partisane encore à construire et un héritage économique lourd. Wadagni, longtemps dans l'ombre de Talon, cherche désormais des relais de pouvoir hors des frontières.

Les enjeux de la tournée régionale

Le choix de ses premières visites n'a rien d'anodin. Le Niger et le Togo sont les deux piliers de l'économie béninoise : le premier comme débouché terrestre du corridor de Cotonou, le second comme concurrent portuaire et voisin immédiat. La tournée de Wadagni vise à sécuriser les accords commerciaux avec Niamey, alors que la sortie du Niger de la CEDEAO complique les échanges. Le président béninois doit aussi composer avec les liens de Patrice Talon, issu du monde des affaires, dont les réseaux s'étendent dans toute la région.

Le dossier nigerian, test de la diplomatie économique

Avec le Niger, l'enjeu est vital : le transit des marchandises nigériennes représente une part significative des recettes du Port autonome de Cotonou. Mais depuis l'adhésion de Niamey à l'Alliance des États du Sahel (AES) et sa sortie de la CEDEAO, les relations commerciales sont soumises à des tensions inédites. Wadagni doit négocier un nouveau cadre bilatéral tout en évitant de heurter les sensibilités souverainistes du régime nigérien. Sa tâche est d'autant plus délicate que le Bénin reste perçu comme un allié de la France et des instances régionales que le Niger a rejetées.

Le poids de l'héritage Talon

Wadagni n'est pas un président comme les autres. Il doit gouverner avec un double mandat implicite : poursuivre les réformes structurelles amorcées par Talon — centralisation fiscale, attractivité des investissements — tout en se démarquant assez pour exister politiquement. Les observateurs soulignent que son manque de base partisane propre pourrait le rendre dépendant des réseaux d'affaires de son prédécesseur, ce qui limiterait sa marge de manœuvre face aux pressions de Niamey ou de Lomé. La question de la légitimité démocratique, déjà entamée par le scrutin sans opposition, se double d'une interrogation sur la véritable nature du pouvoir au Bénin.

Togo, un partenaire ambigu

La visite à Lomé illustre les contradictions de la stratégie béninoise. Le Togo, sous Faure Gnassingbé, cultive des liens étroits avec l'AES tout en restant membre de la CEDEAO. Wadagni cherche sans doute à s'assurer que le port de Lomé ne profite pas du rétrécissement du corridor béninois. Mais cette diplomatie du donnant-donnant expose le Bénin à des accusations de double jeu. Le pari de Wadagni est de transformer cette ambiguïté en atout, en faisant du Bénin un hub de dialogue entre la CEDEAO et les États sahéliens dissidents.

Perspectives : un leadership à l'épreuve

La tournée de Wadagni dessine les contours d'une présidence qui se veut pragmatique, mais dont la viabilité dépendra de sa capacité à équilibrer les intérêts économiques régionaux avec les exigences de la stabilité politique intérieure. L'ombre de Talon, la fragilité du consensus électoral et les turbulences sahéliennes composent un cocktail complexe. Pour l'instant, Wadagni joue la carte de la continuité rassurante ; reste à savoir si elle suffira à faire face aux secousses à venir.

Le Bénin de Wadagni s'engage dans une phase de consolidation où la diplomatie économique devient le principal levier de légitimité. Mais cette stratégie, tributaire des équilibres régionaux, pourrait se révéler aussi fragile que les corridors qu'elle tente de sécuriser. L'évolution des relations avec le Niger et le Togo, ainsi que la capacité du nouveau président à se départir de la tutelle de Talon, seront les vrais tests de son mandat.