En deux Conseils des ministres successifs, le gouvernement nigérien a adopté des mesures radicales pour reprendre le contrôle de ses ressources stratégiques. La création de la Société Nigérienne des Pipelines Intérieurs (SNPI) et la nationalisation de l'exploitation de l'uranium via TSUMCO SA marquent un tournant dans la politique minière et pétrolière du pays. Ces décisions interviennent dans un contexte de renégociation des accords avec les partenaires étrangers, notamment chinois et français.

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Le Niger accélère sa stratégie de souveraineté sur ses matières premières. Le 18 mai 2026, le Conseil des ministres a adopté un décret portant création de la SNPI, une société d'État chargée de gérer l'ensemble des pipelines du territoire. Parmi les actifs transférés figure l'oléoduc Agadem-Zinder, long de 462,5 km, jusqu'alors exploité par la CNPC Niger Petroleum dans le cadre d'un contrat de partage de production. Le mécanisme du « cost oil » a permis son retour dans le giron étatique, une fois les investissements amortis.

Cette mesure s'inscrit dans une logique de maîtrise de toute la chaîne de valeur. La SNPI aura pour mission la gestion, l'exploitation, la maintenance et la sécurité des réseaux, mais aussi la conception de futures infrastructures. Le Niger, producteur de pétrole depuis 2011, cherche ainsi à consolider les bases d'un secteur encore jeune, tout en renforçant son pouvoir de négociation face aux compagnies étrangères.

Coup sur coup, le même gouvernement a adopté une ordonnance créant TSUMCO SA (Teloua Safeguarding Uranium Mining Company), en remplacement de la SOMAIR, filiale du groupe français Orano nationalisée quelques mois plus tôt. Par la même occasion, la concession d'Arlit, accordée en 1968 au Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), a été annulée. Le choix du nom « Teloua », en référence à une nappe aquifère locale, symbolise l'ancrage national de cette nouvelle entité.

Ces décisions marquent la fin d'un modèle qui prévalait depuis l'indépendance : l'exploitation des ressources minières par des opérateurs étrangers sous concession de longue durée. Le Niger rejoint ainsi d'autres pays africains qui, à l'instar du Ghana pour l'or ou de la Zambie pour le cuivre, cherchent à capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Mais la spécificité nigérienne tient à la rapidité et à l'ampleur des réformes, dans un contexte politique dominé par les militaires.

Un mouvement d'ensemble coordonné

La concomitance des annonces dans les secteurs pétrolier et minier n'est pas un hasard. Elle traduit une vision cohérente de l'État : reprendre le contrôle des infrastructures critiques et des ressources stratégiques. La création de la SNPI et de TSUMCO s'accompagne de la mise en place d'une école des mines, l'EMAIR Sani Souna Sido, destinée à former les cadres nationaux nécessaires à cette ambition.

Sur le plan fiscal, le gouvernement a également adopté des dispositions spécifiques pour les sociétés minières d'État, renforçant leur autonomie et leur capacité à contracter. Ces ajustements juridiques viennent consolider un dispositif qui devra faire ses preuves sur le plan opérationnel. La question demeure : le Niger dispose-t-il des compétences techniques et financières pour exploiter seul ces ressources ?

Le contexte régional offre des éléments de réponse. À la même période, le voisin nigérian revendique un sous-sol riche de plus de 40 substances minérales, dont l'or. Mais les défis sécuritaires et logistiques restent immenses. Le Niger, lui, mise sur une stratégie de recentrage étatique, appuyée par des partenaires comme la Chine, avec laquelle il a récemment conclu des accords pour relancer la production et les exportations de pétrole. Cette coopération pourrait fournir des ressources financières et techniques.

Les enjeux de la transition

La nationalisation de l'uranium est particulièrement symbolique. Le site d'Arlit, exploité depuis 1971 par Orano (ex-Areva), a longtemps été un pilier de la filière nucléaire française. En annulant la concession et en créant TSUMCO, Niamey affirme sa volonté de ne plus laisser la main à des intérêts étrangers sur une ressource sensible. Cette décision s'inscrit dans le prolongement de la renégociation des contrats miniers engagée après le coup d'État de 2023.

Reste à savoir comment les partenaires historiques réagiront. La France, via Orano, pourrait contester cette nationalisation devant les instances arbitrales. La Chine, de son côté, voit ses positions dans le pétrole consolidées, mais devra composer avec un État plus exigeant. Le Niger parie sur la viabilité économique de son nouveau modèle, tout en sachant que le succès dépendra de sa capacité à attirer des investissements sans céder le contrôle.

Le Niger s'engage dans une voie risquée mais assumée. En verrouillant ses secteurs pétrolier et minier, il espère transformer ses ressources en levier de développement. La création de sociétés d'État, la formation de cadres nationaux et la renégociation des contrats sont autant d'outils. Reste à voir si ce sursaut de souveraineté résistera aux pressions extérieures et aux contraintes techniques. Une autre interrogation : d'autres pays producteurs de la région, comme le Burkina Faso ou le Mali, suivront-ils l'exemple nigérien ?