Les 18 et 19 juin 2026, Nouakchott a accueilli la 46e mission multisectorielle du Club Afrique Développement, réunissant près de 300 acteurs économiques autour du thème « La Mauritanie à l’ère de l’industrialisation ». Cet événement souligne la volonté du pays de se positionner comme un pôle industriel régional, au moment où les tensions sécuritaires et les mutations énergétiques redessinent les équilibres en Afrique de l’Ouest.

Infographie — Économie · Mauritanie

Organisée par le groupe Attijariwafa bank et sa filiale Attijari bank Mauritanie, cette mission a bénéficié d’une forte présence institutionnelle, avec la participation du ministre des Finances mauritanien, Codioro Moussa N’GUENORE, et de représentants de pays aussi divers que la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Maroc, le Sénégal, les États-Unis et l’Europe. Le Sénégal était particulièrement à l’honneur, son agence de promotion des investissements (APIX) ayant pris part aux échanges. Cette configuration illustre la double ambition de la Mauritanie : capter des capitaux extrarégionaux tout en renforçant ses liens avec ses voisins immédiats.

Le thème choisi, « La Mauritanie à l’ère de l’industrialisation », n’est pas anodin. Le pays dispose de ressources minières abondantes (fer, or, cuivre) et d’un potentiel énergétique émergent, avec le gaz naturel (projet Grand Tortue Ahmeyim) et les énergies renouvelables. Mais jusqu’ici, ces richesses ont été principalement exportées à l’état brut. L’enjeu est donc de transformer localement pour créer de la valeur ajoutée et des emplois, et ainsi diversifier une économie encore très dépendante des cours mondiaux des matières premières.

Un contexte régional en recomposition

La tenue de cette mission intervient dans un climat géopolitique particulier. La Mauritanie, qui a quitté la CEDEAO en 2019, cherche à maintenir des liens économiques forts avec l’Afrique de l’Ouest tout en préservant sa liberté de manœuvre. La participation de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, deux poids lourds de l’UEMOA, témoigne de l’intérêt mutuel à consolider des corridors économiques. En outre, la sortie récente du Ghana de son programme avec le FMI (confirmée en mai 2026) et la relance du tourisme sénégalais (cf. répertoire touristique de mai 2026) indiquent une région en quête de nouveaux moteurs de croissance.

Le panel de haut niveau a mis en avant des secteurs clés : les mines, l’énergie et l’industrie manufacturière. Des intervenants comme le Dr Ahmed Baya (Chemal Holding) ou la directrice générale de MAFCI ont détaillé des opportunités concrètes d’investissement. Pour les participants, la Mauritanie offre une porte d’entrée vers les marchés maghrébins et sahéliens, dans un contexte où le Sahara occidental et les flux migratoires restent des sujets sensibles.

Un signal pour la finance et le business

Le choix d’Attijariwafa bank, leader bancaire marocain, comme organisateur n’est pas neutre. Le Maroc étend son influence financière en Afrique de l’Ouest, et cette mission confirme son rôle de facilitateur entre les économies du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne. La présence de l’APIX du Sénégal comme représentant du pays à l’honneur renforce l’idée d’une coopération Sud-Sud active, au-delà des clivages institutionnels.

En attirant près de 300 participants, la mission dépasse le simple cadre d’une rencontre d’affaires. Elle reflète une dynamique où les acteurs privés et publics cherchent à construire des ponts malgré les incertitudes sécuritaires (Sahel) et les tensions commerciales internationales. La Mauritanie, stable politiquement et dotée d’un potentiel énergétique, apparaît comme un point d’ancrage possible pour les chaînes de valeur régionales.

Une plateforme pour l'avenir

Les échanges ont également porté sur les infrastructures : ports, routes, zones industrielles. L’APIM (agence de promotion des investissements mauritanienne) a présenté les réformes en cours pour faciliter l’installation d’entreprises. Si le chemin vers une industrialisation durable est long, les signaux envoyés par cette mission sont clairs : la Mauritanie veut exister comme destination d’investissement à part entière, et non plus seulement comme fournisseur de minerais.

De Nouakchott à Abidjan en passant par Dakar, la question industrielle devient un vecteur d’intégration régionale, même pour des pays qui n’appartiennent pas aux mêmes blocs économiques. La 46e mission du CAD illustre une tendance plus large : face à la fragmentation des institutions, les flux d’investissements et les initiatives privées esquissent une nouvelle carte de la coopération ouest-africaine.