Le 27 mai 2026, deux signaux contradictoires éclairent la complexité du secteur énergétique ouest-africain : à Brazzaville, la Mauritanie plaide pour un financement massif des infrastructures gazières lors des assemblées annuelles de la Banque africaine de développement ; à Paris, le titre TotalEnergies chute de 3,52 %, pénalisé par la baisse du pétrole et un différend sur le mégaprojet mozambicain. Entre volonté politique et réalité des marchés, le gaz ouest-africain cherche son modèle.

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La Mauritanie à l’offensive diplomatique pour le financement du gaz

Dans son discours au Conseil des gouverneurs de la BAD, le ministre mauritanien de l’Économie, Abdallahi Souleymane Cheikh Sidiya, a salué le succès de la 17e reconstitution des ressources du Fonds africain de développement, à hauteur de 11 milliards de dollars. Il a réaffirmé l’engagement de son pays à œuvrer pour une Afrique « intégrée, résiliente et prospère », en cohérence avec les réformes économiques engagées sous la présidence de Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. La Mauritanie, qui s’apprête à devenir un acteur gazier de premier plan avec le champ Grand Tortue Ahmeyim (GTA), voit dans la BAD un levier pour sécuriser les investissements nécessaires à sa transformation structurelle. Le ministre a insisté sur la nécessité de « mobiliser des ressources à grande échelle » dans un contexte mondial fragmenté, un appel direct aux bailleurs.

TotalEnergies sous le coup de la double peine : pétrole et contentieux mozambicain

Le même jour, la major française TotalEnergies a vu son action reculer de 3,52 %, sous-performance notable dans un secteur déjà en repli. Deux facteurs expliquent cette déconvenue : la baisse des cours du pétrole brut, due à un optimisme croissant sur un dénouement des négociations États-Unis-Iran, qui réduit la prime de guerre intégrée dans les prix ; et surtout le litige avec le Mozambique sur le projet Mozambique LNG. Le gouvernement mozambicain conteste les 2 milliards de dollars de dépassements de coûts avancés par TotalEnergies, un audit n’ayant pas pu les justifier. Ce désaccord jette une ombre sur un projet phare de la stratégie gazière du groupe en Afrique.

Le gaz ouest-africain pris entre ambition et incertitude

Ces deux événements, bien que d’échelle différente, dessinent les contradictions de l’énergie en Afrique de l’Ouest. D’un côté, des États comme la Mauritanie, le Sénégal ou le Nigeria misent sur le gaz naturel comme énergie de transition et moteur de développement. Les projets GTA, le gazoduc Nigeria-Maroc ou les champs de Sénégal-Mauritanie cristallisent ces espoirs. Mais de l’autre, les majors pétrolières, confrontées à la volatilité des prix et aux risques politiques et juridiques, hésitent à engager des capitaux massifs. Le cas mozambicain illustre les fragilités des méga-projets gaziers africains : des coûts exponentiels, des négociations complexes avec les États, et un calendrier souvent rallongé.

Des signaux antérieurs qui confirment la tendance

Depuis la mi-mai, plusieurs indicateurs témoignaient déjà des tensions du secteur. Le Togo, par exemple, continue de recourir aux centrales thermiques malgré l’essor des renouvelables (source : Togo First). Le Nigeria, pourtant détenteur des plus grandes réserves de gaz du continent, peine à transformer cette manne en développement concret (source : Agence Ecofin). Ces réalités contrastent avec la vision portée par la BAD et rappellent que le financement et l’exécution des projets restent les principaux goulets d’étranglement.

Le rôle clé de la BAD dans l’équation énergétique régionale

Face à ces défis, la Banque africaine de développement se positionne comme un facilitateur central. La reconstitution record du FAD-17, à laquelle la Mauritanie a contribué, doit permettre de soutenir des projets structurants. Le discours de Nouakchott s’inscrit dans une stratégie plus large : utiliser les ressources de la BAD pour sécuriser les investissements privés et réduire les risques perçus par les opérateurs. Les réformes économiques évoquées par le ministre visent précisément à améliorer le climat des affaires et attirer les capitaux nécessaires à l’exploitation gazière.

Une épée de Damoclès fiscale sur les majors

En arrière-plan, la menace d’une taxe exceptionnelle en France sur les bénéfices des énergéticiens plane toujours sur TotalEnergies. Bien qu’aucune décision n’ait été prise, le gouvernement français n’a pas exclu cette option si les prix restent élevés. Cet aléa politique ajoute une couche d’incertitude pour les investissements du groupe en Afrique, alors même que ses concurrents comme Exxon Mobil, Chevron ou Shell connaissent aussi des baisses.

Une région à la croisée des chemins

L’Afrique de l’Ouest se trouve à un moment charnière. La demande d’énergie explose, les ressources gazières sont abondantes, mais le passage de la volonté politique à la réalité opérationnelle demeure semé d’embûches. Les positions de la Mauritanie et les difficultés de TotalEnergies montrent que le développement gazier régional dépendra autant de la capacité des institutions financières à mobiliser des fonds que de la confiance des investisseurs internationaux dans la stabilité juridique et politique des pays hôtes.

La simultanéité de ces deux événements n’est pas un hasard : elle révèle les tensions structurelles qui traversent le secteur énergétique ouest-africain. Les prochains mois diront si la BAD parvient à catalyser les financements nécessaires pour transformer les ressources gazières en richesse partagée, et si les majors sauront s’adapter à un environnement où les marges se réduisent et les exigences de transparence s’accroissent.