L'Algérie a signé le 21 août 2026 un accord de transport maritime avec la Société Arabe de Services Publics (SAPS) mauritanienne pour acheminer 100 000 tonnes de matériaux de construction vers la Mauritanie. Cette liaison, qui passe à un rythme mensuel régulier, s'inscrit dans une stratégie plus large de diversification économique algérienne et de conquête des marchés ouest-africains. L'initiative intervient alors que les échanges intra-régionaux peinent à décoller, malgré les ambitions affichées de la CEDEAO.
Un corridor pour contourner les lenteurs de l'intégration régionale
Accord signé le 21 août 2026 · 100 000 tonnes de matériaux de construction vers Nouakchott
L'accord signé entre la Compagnie Algérienne de Navigation Maritime (CNAN-G) et la Société Arabe de Services Publics (SAPS) ne se résume pas à un simple contrat de fret. En garantissant le transport de 100 000 tonnes de ciment, de fer et autres matériaux de construction vers Nouakchott, il matérialise une ambition algérienne : devenir un hub logistique régional capable de concurrencer les ports de Tanger Med ou de Dakar. Pour l'Algérie, dont les exportations hors hydrocarbures restent marginales (moins de 5 milliards USD en 2025), chaque accord de ce type est un pas vers la diversification économique prônée par les autorités.
La Mauritanie, de son côté, importe l'essentiel de ses matériaux de construction, et la flambée des prix du fret depuis 2023 a pénalisé ses chantiers d'infrastructures. Cet accord offre une alternative à moindre coût et avec des délais réduits, comme le soulignent les termes de la convention. Mais au-delà de l'aspect bilatéral, c'est la porte d'entrée vers l'Afrique de l'Ouest qui est visée. Nouakchott devient une plateforme de débarquement pour des marchandises qui peuvent ensuite transiter par le corridor routier vers le Sénégal, le Mali ou la Côte d'Ivoire, où la demande en matériaux reste soutenue.
Cette dynamique commerciale contourne les lenteurs de l'intégration régionale formalisée par la CEDEAO et l'UEMOA. Les barrières non tarifaires, les contrôles routiers multiples et les disparités de normes continuent de freiner les échanges intra-africains, qui ne représentent qu'environ 15 % du commerce total du continent. L'accord algéro-mauritanien illustre une tendance plus large : des corridors bilatéraux pragmatiques se tissent en marge des grands projets institutionnels, portés par des intérêts économiques concrets.
Une réponse aux mutations géopolitiques
Le timing de cet accord n'est pas anodin. Alors que les tensions au Moyen-Orient ont perturbé les routes maritimes traditionnelles et renchéri le fret, l'Algérie cherche à sécuriser des débouchés stables à proximité. La guerre en cours a aussi redessiné les alliances : l'Algérie, qui a longtemps regardé vers l'Europe, se tourne résolument vers le sud. Ce rapprochement avec la Mauritanie, membre de l'Union du Maghreb arabe mais aussi observateur au sein de la CEDEAO, crée un pont entre deux espaces économiques.
Pour les pays de la CEDEAO, cette concurrence nouvelle pourrait être un aiguillon. Le Sénégal, qui affiche une croissance soutenue de 6 % en 2026 portée par les hydrocarbures, et la Côte d'Ivoire, dont le dynamisme repose sur l'agro-industrie et les infrastructures, pourraient voir dans cette ligne maritime un modèle à imiter pour renforcer leurs propres connexions régionales. La ZLECAF, censée faciliter ces échanges, n'a pas encore produit tous ses effets, et les initiatives bilatérales prennent le relais.
Une coopération sud-sud qui se concrétise
L'accord s'inscrit dans le cadre de la coopération sud-sud prônée par Alger. En offrant aux industriels algériens un accès direct au marché mauritanien, il répond aussi à une nécessité économique intérieure : les usines de production de ciment et de fer du pays tournent en dessous de leur capacité, et l'exportation est vitale pour amortir les investissements. La ligne mensuelle régulière, qui remplace des traversées sporadiques, réduit l'incertitude pour les opérateurs et pourrait attirer d'autres secteurs, comme l'agroalimentaire ou la pétrochimie.
Cette évolution rappelle que les dynamiques économiques en Afrique de l'Ouest ne se limitent pas aux frontières de la CEDEAO. L'Algérie, par sa proximité géographique et ses capacités logistiques, s'impose progressivement comme un acteur incontournable, non pas en remplacement des institutions régionales, mais en complément. Les flux de matériaux de construction sont un indicateur avancé : ils précèdent souvent des investissements plus durables dans d'autres secteurs.
Il reste à voir comment les autres pays de la région réagiront. Le Maroc, rival traditionnel de l'Algérie, pourrait intensifier sa propre offre portuaire vers l'Afrique de l'Ouest. Les ports de Dakar et d'Abidjan, en pleine expansion, pourraient également capter une partie de ces trafics. Mais pour l'instant, l'initiative algérienne crée un précédent : une liaison maritime dédiée, pensée comme un corridor commercial à double sens, et qui pourrait servir de modèle pour d'autres partenariats bilatéraux.
Ce corridor maritime Algérie-Mauritanie, au-delà de son volume modeste (100 000 tonnes), est un révélateur des recompositions en cours en Afrique de l'Ouest. Il montre que l'intégration régionale se construit aussi par des accords bilatéraux pragmatiques, en marge des cadres institutionnels. Alors que la CEDEAO et l'UEMOA peinent à concrétiser leurs ambitions, des acteurs extérieurs comme l'Algérie dessinent de nouvelles routes commerciales. La question est de savoir si les États ouest-africains sauront transformer ces dynamiques en opportunités pour leur propre industrialisation, ou s'ils resteront de simples débouchés pour les productions étrangères.
Vérification : La croissance du Sénégal en 2026 est une prévision, pas un fait établi. De plus, les prévisions récentes (FMI) tablent sur une croissance autour de 6-7% pour 2024-2025, mais pour 2026 c'est incertain.