Le 10 juin 2026, le président de la Transition, le général Assimi Goïta, a présidé la 16e session du Conseil supérieur de l’agriculture à Bamako. Bilan contrasté : la production céréalière atteint 11,45 Mt, en hausse de 14 % par rapport à 2024, générant un excédent de plus de 3,4 Mt. Mais la filière coton s’effondre à 433 700 t, soit un recul de 25 %, révélant les fragilités structurelles d’un secteur pourtant prioritaire. Cette session intervient dans un climat sécuritaire toujours tendu, marqué par des incidents miniers et des frappes aériennes dans le nord, tandis que les discussions avec la Société financière internationale (IFC) en mai dernier sur le financement agricole peinent à se concrétiser.

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Des résultats céréaliers historiques malgré les contraintes

La campagne 2025 s’est achevée avec une production céréalière de 11,45 millions de tonnes, soit 99 % de l’objectif de 11,65 Mt. Rapporté à l’année précédente, la hausse de 14 % confirme une dynamique enclenchée depuis la mise en œuvre de la Politique nationale du conseil agricole, récemment opérationnalisée. L’excédent de 3,4 Mt offre une marge de sécurité dans un pays où l’insécurité alimentaire reste endémique. Le ministre de l’Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, a souligné que deux recommandations majeures de la session précédente – l’octroi de 10 % des graines de coton aux éleveurs et cotonculteurs, et la mise en place du conseil agricole – ont été entièrement exécutées. Ce suivi rigoureux des engagements témoigne d’une volonté de professionnaliser le pilotage du secteur, même sous régime de transition.

La filière coton en crise : une alerte pour la diversification

À l’inverse, la filière coton a subi une contre-performance sévère. Avec 433 700 tonnes récoltées contre 672 000 prévues, le taux de réalisation n’est que de 64,5 %. La baisse de 25 % par rapport à 2024 interroge sur la compétitivité de cette culture, pilier de l’économie rurale malienne. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer : la persistance des violences djihadistes dans les zones cotonnières du Centre et du Sud (comme en témoigne l’explosion d’une mine dans la forêt du Baoulé ayant tué un lycéen le 15 mai dernier), une baisse des prix mondiaux, ou encore un transfert de surfaces vers les céréales, mieux rémunérées localement. La stratégie nationale d’agroécologie, en cours d’élaboration, pourrait offrir des pistes de diversification, mais son absence de calendrier concret laisse planer des doutes.

Des évolutions lentes dans un contexte sécuritaire dégradé

Le parallèle avec les informations de mai 2026 est frappant. Le 15 mai, le ministre Samaké rencontrait l’IFC pour prioriser le financement agricole, tandis que le même jour une mine tuait un civil dans la région de Kita et que des frappes aériennes frappaient Kidal. Ce télescopage entre discussions de développement et réalité sécuritaire illustre la difficulté de mettre en œuvre une politique agricole cohérente. L’externalisation du djihadisme, mentionnée dans les sources historiques, fragilise les circuits de commercialisation et l’accès aux intrants, notamment pour le coton. L’excédent céréalier, s’il rassure à court terme, ne doit pas masquer que 1,2 million de personnes restent en insécurité alimentaire sévère selon le Cadre harmonisé.

Vers une recomposition des priorités agricoles ?

La 16e session a également acté la poursuite de deux chantiers : la stratégie nationale d’agroécologie et la création d’un mécanisme multisectoriel de coordination de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ces outils, s’ils aboutissent, pourraient redessiner la carte des productions en favorisant les cultures résilientes. Mais leur mise en œuvre effective dépendra de la stabilisation sécuritaire et du maintien des financements internationaux, alors que le Mali est sous sanctions de la CEDEAO depuis 2022 et que les partenaires traditionnels réduisent leur exposition.

Le contraste entre le bond céréalier et l’effondrement cotonnier pose la question de la spécialisation agricole du Mali dans un environnement instable. Alors que la transition politique se prolonge, le secteur agricole devient à la fois un levier de souveraineté et un miroir des fragilités nationales. Les prochaines sessions devront arbitrer entre sécurité alimentaire immédiate et compétitivité exportatrice, dans un Sahel où l’agriculture reste le premier employeur mais aussi la première victime des conflits.