Le 1er juillet 2026, le ministre malien de l'Agriculture, Dr Ibrahima Samaké, a officiellement lancé la campagne agricole, deux semaines après le conseil supérieur de l'Agriculture présidé par le général Assimi Goïta, qui a fait de la souveraineté alimentaire une priorité nationale. Les autorités visent près de 12 millions de tonnes de céréales, dont 928 860 tonnes de riz paddy pour la seule zone de l'Office du Niger, et 598 500 tonnes de coton. Un budget record de plus de 164 milliards de francs CFA a été mobilisé pour soutenir ces objectifs, qui traduisent la volonté de consolider les filières vivrières et d'exporter, mais aussi de rattraper un retard séculaire dans l'aménagement des terres irriguées.

Infographie — Riz · Souveraineté alimentaire

Le lancement de la campagne agricole 2026 au Mali intervient dans un climat de sécurité contrasté. En mai, des frappes aériennes à Kidal et l'explosion d'une mine dans la forêt du Baoulé rappelaient la persistance des menaces jihadistes. Pourtant, le gouvernement poursuit sa stratégie de souveraineté alimentaire, considérée comme un levier de stabilité. Cette ambition s'inscrit dans une tendance régionale : plusieurs pays sahéliens cherchent à réduire leur dépendance aux importations céréalières, exacerbée par la guerre en Ukraine et les tensions commerciales.

Une ambition souveraine sous contrainte sécuritaire

Les objectifs annoncés sont sans précédent : près de 12 millions de tonnes de céréales, dont 928 860 tonnes de riz paddy pour le seul Office du Niger, et 598 500 tonnes de coton via la CMDT. Ces chiffres dépassent les productions des années récentes, marquées par des déficits pluviométriques et des difficultés d'accès aux intrants. L'enveloppe budgétaire de 164 milliards de francs CFA, en hausse de 2 % par rapport à la précédente campagne, témoigne d'une priorité politique affichée. Mais cette augmentation reste modeste face à l'ampleur des besoins : le ministre Samaké a lui-même souligné que l'Office du Niger, créé il y a un siècle, n'a aménagé que 7 % de son potentiel irrigable. « Les terres sont là », a-t-il lancé aux jeunes, les exhortant à s'investir dans le secteur.

Le coton, traditionnel pilier des exportations maliennes, reçoit une attention renouvelée. La CMDT, qui commercialise la quasi-totalité de la production, table sur 598 500 tonnes, un niveau qui permettrait de regagner des parts de marché après plusieurs années de baisse. Cette relance est cruciale pour les revenus des producteurs et pour l'agro-industrie locale. Cependant, la concurrence du coton ouest-africain (Burkina Faso, Côte d'Ivoire) et la volatilité des cours mondiaux restent des défis.

Le pari de l’Office du Niger : un siècle de sous-investissement à rattraper

Le discours du ministre a mis l'accent sur l'Office du Niger, véritable poumon rizicole du pays. Malgré son potentiel estimé à plus d'un million d'hectares, seuls 7 % sont aménagés. Ce retard historique est le résultat de décennies de sous-investissement et de difficultés de gouvernance. L'objectif de 928 860 tonnes de paddy pour la zone Office du Niger suppose une hausse significative des rendements et une extension des surfaces. Les autorités misent sur la mécanisation, l'accès aux engrais et l'irrigation de proximité. Mais sans un financement massif et durable, ces ambitions pourraient rester lettre morte.

Les discussions de mai entre le ministre Samaké et la Société financière internationale (IFC) à Bamako illustrent la recherche de partenariats. L'IFC, bras privé de la Banque mondiale, pourrait apporter son expertise en matière de financement agricole et de chaînes de valeur. Cette coopération, malgré les tensions politiques entre le Mali et certains donateurs occidentaux, montre que la question alimentaire reste un terrain de dialogue.

La campagne 2026 se déroule dans un contexte régional marqué par l'insécurité et les défis climatiques. Le Burkina Faso et le Niger, voisins du Mali, font face à des situations similaires, avec des déplacements de populations et une pression sur les terres. La voie choisie par Bamako – priorité à la production nationale, appui aux filières stratégiques – est partagée par plusieurs capitales sahéliennes. Reste à savoir si les moyens suivront.

Alors que le Mali s'engage dans cette campagne sous le signe de la souveraineté, la question de la transformation locale des récoltes et de l'accès aux marchés régionaux reste posée. L'ambition affichée devra composer avec les réalités sécuritaires, le sous-investissement chronique et les aléas climatiques. L'Office du Niger, véritable symbole de cette renaissance agricole, incarne à la fois l'espoir et le défi d'un développement rural inclusif. Le chemin vers la souveraineté alimentaire sera long, mais le cap est désormais fixé.